Le travail à la planche à dessin

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Je voulais, avant la pause des vacances d’été, écrire deux articles sur le travail à l’atelier : l’un sur le travail à la planche à dessin et l’autre, pour la semaine prochaine, sur le travail à l’ordinateur. Je ne vais pas aborder ici l’aspect technique, mais plutôt l’aspect organisationnel et autour de l’état d’esprit à cultiver, des pièges à éviter.

Donc, pour aujourd’hui, la planche à dessin. Travailler à la planche à dessin demande à priori très peu de choses : du papier, de quoi dessiner ou peindre (pour moi, c’est simple : crayon et feutres noirs d’épaisseurs diverses). Et puis, surtout, d’un peu de temps devant soi. J’avais écrit un article sur le processus créatif où je parlais déjà beaucoup de la difficulté de commencer justement. Aujourd’hui, je vais plutôt développer l’état d’esprit à cultiver. C’est, après celle qui consiste à commencer, probablement ce qu’il y a de plus crucial. Je pense qu’on est beaucoup, voire tous, à avoir un critique intérieur très puissant. qui parle très très fort, qui juge approchant tout ce que l’on pourrait tenter oser de faire. Et ça, c’est destructeur de façon générale, mais encore plus ici, dans le travail à la planche à dessin. Parce que pour oser commencer, travailler, essayer, se risquer, il faut développer de la bienveillance envers soi-même et envers son travail, beaucoup de bienveillance. Ca n’est pas facile. C’est en cela que le travail à la planche à dessin est difficile : cela signifie en gros affronter ce critique intérieur. C’est là tout le challenge à mon avis. Ce travail implique de garder du mieux qu’on peut son critique intérieur très loin de soi, se donner le droit de “pétouiller”, de faire des erreurs (ça c’est essentiel!), de ne pas “faire joli”, d’apprendre, de ne pas savoir, de perdre son temps. J’ai beaucoup appris à ce sujet à mon cours de graphisme. Etrangement, c’est peut-être ce que j’y ai appris de plus important : développer une idée prend du temps, alors, on y travaille. Passer deux heures devant son bloc de papier et dessiner, faire des croquis, reprendre, passer à autre chose, puis y revenir, développer, avoir envie de s’arrêter, se dire qu’on n’a plus d’idées, regarder autour de soi et puis, une nouvelle idée, l’essayer, essayer encore et encore. Et recommencer. Et que ça soit normal!

Pour m’entraîner à tout cela à la maison, quand ce n’est pas si facile de mettre deux heures à part pour griffonner du papier, j’ai développé deux-trois astuces qui me permettent de m’installer derrière mon bureau :

  • Se fixer un temps pour travailler. Le prévoir dans son planning. Prévoir aussi le temps que je vais y consacrer. Deux heures, c’est le plus souvent un peu trop ambitieux. Mais une heure est extra : suffisant pour pouvoir s’impliquer dans la pratique, mais pas trop pour ne pas oser s’y lancer!
  • Prévoir une bonne tasse de café au lait!
  • Savoir ce que je vais travailler à l’avance. J’ai eu ma période fleurs et plantes (apprendre à les styliser, à jouer avec leurs formes), puis ma période mains, puis le corps humain en général, les mouvements, imaginer des personnages. En ce moment, je suis très “maisons”.
  • Organiser aussi la méthode , en variant le type de dessin : dessin d’observation (soit à partir de la réalité ou de photos), dessin de mémoire ou un peu des deux.
  • Faire des pauses. C’est plus important que ça en a l’air… Prendre un peu de recul permet de ne pas tout jeter ou de s’orienter un peu différemment.

Etre bienveillant, c’est accepter que dans ce processus il y a beaucoup de déchets. Pour un bon croquis, il y en a généralement beaucoup de moins bons. Et c’est ok. Même si, avec le temps, je découvre que même un croquis un peu décevant peut être retravaillé, découpé… on peut tout aussi bien décalquer une partie intéressante et améliorer ce qui peut l’être. Donc, idéalement, avoir autour de soi : photocopieuse-imprimante, papier calque et ciseaux. Et je ne parle pas ici de ce qui peut être fait à l’ordinateur… Donc, attention de ne pas avoir de jugement trop hâtif et de jeter à tout va. L’idéal est de regarder ses croquis quelques jours plus tard, avec un peu de recul…

Et puis se dire aussi, qu’avec le temps, ça devient plus facile. On développe petit à petit une forme de confiance en soi, en son travail. On réalise très concrètement que notre technique évolue, que sa main devient plus sûre. On apprivoise probablement un peu tout cela et le critique surtout, en tout cas certains jours. Ce qui est un gros progrès!

La semaine prochaine, je vous parlerai du travail à l’ordinateur, qui a d’autres règles et d’autres pièges…

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