Attention et observation – extrait de “Un carnet à soi”

Attention et observation by Mireille Marchand

 

Voici un nouvel extrait de mon livre “Un carnet à soi”. C’est un passage d’un chapitre que j’aime de façon spéciale sur l’attention et l’observation, parce que je pense que c’est ce qui est au coeur de notre désir de tenir un carnet : s’arrêter, être attentif, observer et tenter de retenir un peu de tout ça au creux de notre carnet. Voici cet extrait :

 

6. Attention et observation

Introduction

Ce chapitre glissé ici n’a l’air de rien, pourtant il est au cœur de notre pratique. Je crois profondément que si nous avons envie d’un journal à soi, c’est parce que nous aspirons à davantage observer le monde, à davantage être témoin de nos vies, de notre quotidien. On y aspire et on y arrive si peu. Cela semble si facile et ça ne l’est pas. Toute pratique méditative nous fait prendre conscience de la difficulté de notre esprit à être dans l’ici et maintenant et de sa propension à voyager dans le temps, à chasser les dangers, à ruminer, à être partout sauf ici dans le moment.

Pour moi, dessiner est ma méditation la plus puissante. J’ai pu observer ce phénomène un nombre incalculable de fois : mon esprit est agité, je choisis de dessiner, je dessine et je m’apaise. La coordination yeux, main, cerveau fait des miracles. Se focaliser sur un point, ramener son attention en douceur, c’est tout ce que demande la pratique du dessin et cela dilue l’anxiété et le stress. J’ai le sentiment que, quand je dessine, rien ne peut m’atteindre, je suis dans un espace de tranquillité.

Dans un monde où le flux d’images, d’informations et de sollicitations est permanent, ces moments d’attention douce, de focalisation sur les choses simples de la vie sont bienfaisants. Ils ont le pouvoir de nous apaiser, d’approfondir notre rapport au monde aussi. Parce que, pour moi, c’est là que réside la vie, dans ces détails du quotidien, dans ce geste, dans cette lumière, dans cette scène, dans la courbe de cet objet. J’y crois fermement. Tenir un journal est une pratique qui nous connecte avec cela. Avec la vie.

Dans ce chapitre, je vous propose de ralentir un peu, de prendre le temps de vous arrêter ici ou là, de respirer et de regarder, de dessiner parfois, d’écrire peut-être un peu aussi, de prendre quelques notes ou pas du tout. Juste prendre le temps. C’est peu et c’est beaucoup. Pour moi, c’est la chose la plus difficile qui soit et la plus indispensable à la fois. Mais en douceur, tenter d’amener un peu d’attention dans notre quotidien.

Comment pratiquer

Pris dans notre quotidien, nos habitudes et nos schémas de pensées, nous oublions littéralement l’attention. Il faut pratiquement un tremblement de terre pour que nous notions un changement dans notre environnement. Si nous avons voulu tenir un carnet, c’est que de façon peut-être encore confuse, nous avons voulu nous reconnecter à notre environnement, nous relier, remarquer, voir, entendre, sentir, noter. L’habitude de l’inattention est forte. Terriblement forte. Cela nous est utile il est vrai pour fonctionner avec plus d’efficacité. Pourtant notre carnet peut nous permettre de ramener un peu d’attention et faire office de pont. Pratiquer l’attention, c’est calmer l’esprit. Pour calmer l’esprit, il faut calmer le corps, ralentir suffisamment, prendre le temps. Ca a l’air facile, ça ne l’est pas. L’esprit résiste beaucoup à l’attention. Il n’a pas le temps pour cela. Regarder avec attention une fleur? C’est ridicule, ça ne sert à rien, si? Alors, doucement l’amener à cela, parfois, un peu, de temps en temps et réaliser alors qu’on est si bien là. Et un carnet peut nous aider à cela. Un peu est suffisant et fait déjà une différence énorme.

Voilà ce que je vous propose : des excursions-découvertes-explorations. C’est excitant, non? Je sais que je dis souvent que l’enthousiasme mène plus loin que la discipline, mais je reconnais aussi qu’il faut un peu de discipline au début, en tout, histoire de forcer l’habitude, de forcer la porte et d’explorer de nouvelles pistes. Fixez dans votre agenda une heure par semaine à ce genre d’exploration. Ce sera votre sortie d’artiste. Une heure par semaine, imposez-vous de sortir en ville, dans la nature, dans un musée, où vous voulez, mais sortez. Prenez votre carnet avec vous et commencez votre observation. Vous pouvez marcher ou vous installer à un café ou sur un banc à côté de la rivière. Et puis observez. Regardez le monde comme un enfant de cinq ans ou comme un étranger arrivant dans la grande ville. Oubliez cette impression que « vous savez ce qu’il y a là », redécouvrez-le. Regardez. Ecoutez vraiment. Et puis notez. Notez ce qui attire votre attention. Cela permet de ralentir le flux de l’attention. Fixez-vous par exemple sur la couleur de cet arbre et commencez à vous poser quelques questions : quel vert? Plutôt olive, bleu, jaune, brun… Quelles nuances? Et puis l’ombre, comment se dessine-t-elle ? La lumière vient de ce côté, d’accord. Comment cela influence le vert de l’arbre ? Quelle forme ont les feuilles… efforcez-vous de vous attarder sur cet arbre un instant et puis suivez à nouveau le flux de votre attention, accrochez-vous à la prochaine chose qui l’attire. Je conseille de ne pas dessiner tout de suite, juste voir ce qui est d’abord. Et puis à un moment, sortez votre carnet et dessinez. Doucement, tout doucement. Notez ici et là vos observations, les bribes de conversations entendues ou le flux de la conscience de votre esprit bavardant.

 

Voilà! Et c’est une belle façon de finir l’année en douceur et de se laisser glisser vers 2018! Je vous souhaite de douces Fêtes et me réjouis de vous retrouver ici l’année prochaine! Mireille

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