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mireille

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Ce soir, notre fils quitte la maison. Il a vingt-trois ans. Il est dimanche soir, dix-huit heures, il fait nuit dehors et mon fils emballe ses affaires dans des sacs plastiques, envahit le corridor et les couloirs, attend la camionnette d’un copain pour emporter ses affaires. Il est allé dépendre le linge qui séchait à la buanderie et il part. Il nous l’a annoncé à midi, en sortant de la douche. « Je crois que je vais partir ce soir ». Un téléphone à un copain: « Tu as encore la camionnette? Ce soir à 18h, ça jouerait pour venir me chercher? ». Et c’est tout. D’ici quelques années, il faudra anticiper, appeler un déménageur, emballer ses affaires dans des cartons des semaines avant, dessiner des plans pour l’aménagement, commander des rideaux, aller en couple et s’engueuler chez Ikea. Mais ce soir, à vingt-trois ans, on déménage comme on part en vacances. Un dimanche soir, on embarque tout, sur un coup de tête.

Ce qui est douloureux avec ce départ, c’est de se retrouver soudainement dans la catégorie des vieux couples et de sortir de celle des familles. Je me réconforte en pensant que d’ici quelques jours, je me serai faite à cette idée. Je me réjouirai d’avoir de l’espace, une grande pièce pour moi, personne à midi, des courses pour deux, peu de planifications. Je me serai réorganisée. Mais ce soir, je me bats contre les larmes, contre ce sentiment de tristesse parce que la vie file et parce que je vieillis. Ce soir, je voudrais être demain. Ce soir, je voudrais me coudre une robe, écrire mon roman, aménager mon atelier, me réfugier dans mon monde, me construire un avenir. Je voudrais fuir les émotions. Je voudrais fuir la douleur. Je voudrais ne pas voir, ne pas sentir, oublier, retrouver mon quotidien, ne plus penser.

Et c’est ce que je vais faire. Après. D’abord ces mots. Reconnaître que c’est dur. Reconnaître que la vie ce soir me blesse. Oui, c’est une étape. Oui, comme parents, on passe tous par là et c’est bien. Mais d’abord reconnaître que ce soir, c’est compliqué. Ce soir, ce n’est pas juste : mon fils part. Ce soir, c’est aussi : est-ce que je le reverrai souvent? Est-ce que je saurai à quoi sa vie ressemble? Est-ce que je saurai vraiment ce qu’il ressent? Reviendra-t-il? Mais c’est aussi : nous vieillissons. La vie passe. Bientôt, nous serons à la place de mes parents, à ne plus suivre les conversations, à attendre les visites sporadiques de notre enfant. Bientôt, ma vie s’arrêtera. Je crois que ce soir, je pense à cela. Le début de la fin. Ce n’est qu’une étape, mais une étape qui me dit que tout finit par passer.

Ce soir, je veux faire de la place à tout cela : à la tristesse, à l’avenir incertain, à mes doutes, à mes fragilités, à la vulnérabilité de l’existence. Laisser cela exister. Laisser les larmes couler. Et puis, ensuite, je serai reconnaissante pour cette vie-là, pour ces années passées famille, pour la chance de s’aimer, pour celle d’avoir un homme qui m’aime. Retrouver le cours de ma vie, me réjouir d’être en vie et d’avoir un cœur qui bat. Survivre. Mieux vivre. Encore et encore, aimer la vie.

Frustrations

J’écris ce billet parce que je viens juste de prendre conscience de plusieurs choses et j’ai envie de les noter quelque part, espérer que d’une certaine façon, ça m’aide à m’en rappeler.
Je viens, juste là, de finir de préparer un dessert pour une fête de famille demain. Ce qui n’était à l’origine qu’un petit challenge (est-ce que je vais arriver à réaliser une recette que je n’ai jamais tenter), s’est terminé en crise personnelle aiguë durant laquelle des pensées telles que : tu es nulle, tu n’arrives jamais à rien, tu vieillis, tu es comme ta maman, tu ne sais plus cuisiner, tu es une égoïste qui ne se donne même pas de peine pour ta famille, tu t’énerves, tu ne devrais pas t’énerver, tu aurais dû être plus attentive, ton dessert est nul, tu es nulle, ta vie est nulle.
Oui, tout cela parce que je ne suis pas très convaincue, comme ça , a priori, de mon dessert.

Radio-critique

Mais en réalité, cela fait quelques jours que je suis devenue plus sensible à la frustration, que je réagis fort à la moindre contrariétés, que je le prends comme un signe de ma défaillance personnelle. Si j’écoute ces pensées comme toute à l’heure, je comprends un peu mieux pourquoi je me mets dans un état de stress insensé. C’est incroyablement violent. C’est donc cela : un crise d’ego, un de ces moments où mon mental est hyperactif et où radio-critique envoie du lourd.
Et ce n’est en rien étonnant que cela soit maintenant : oui, j’ai un mental actif et très jugeant envers moi-même, mais oui aussi, je vis une période de challenge durant laquelle je dois apprendre beaucoup de choses. Et ce n’est pas facile. C’est même carrément compliqué. Pour l’ego, tout devrait couler de source : on devrait savoir! On devrait gérer. On n’a pas de limite. On devrait être capable de tout en un claquement de doigt. Voilà ce qui rend les apprentissages compliqués : il s’agit de reconnaître ses limites, il s’agit de les repousser, de faire face à un ego tout-puissant hyperactif qui ne va pas vous épargner. Il ne m’épargne pas. Il est dur, il est tyrannique, il est maltraitant. Il me fait me sentir insuffisante et nulle et misérable, alors même que je suis en train d’apprendre, que je fais ce qu’il y a de plus beau et de plus noble dans la vie humaine : progresser, apprendre, suivre ses curiosités, apporter quelque chose au monde.

Sortir de sa zone de confort

J’oublie à chaque fois que je repousse ma zone de confort qu’il y aura des frustrations. Je ne me prépare pas au chaos et quand ça arrive (ça arrive toujours, à un moment, plus au moins tôt dans le processus), je suis démunie. Parce que je ne suis pas préparée aux difficultés à gérer,ou plutôt, je ne suis pas prête à gérer les délais, parce que je veux les gratifications immédiates, parce que je veux des coches sur ma todo liste, parce que je suis une addict du résultat et que je tolère mal le flou, de ne pas savoir. Je veux faire tout et vite, je veux brûler les étapes, je veux d’ailleurs ignorer qu’il y a des étapes et que j’ai besoin de temps. Je veux ignorer mes limites.

Tentatives de stratégies

J’ai développé des stratégies avec les années. Je ne jure que par l’organisation et j’essaie de célébrer les étapes et les accomplissements. Ca marche la plupart du temps, mais il y a des moments où aucun système ne fonctionne. Ce sont ces moments où il faut juste avancer, se débrouiller pour progresser malgré les difficultés et les courbes d’apprentissage qui pourraient nous faire reculer. Essayer d’offrir le moins de résistance, avancer malgré tout. Le chaos comme tout dans l’existence finit par passer. Reconnaître qu’on est là, prendre soin de soi, respirer, se donner du temps et de l’espace.
Dans ces moments-là, au lieu de m’obstiner, j’aimerais essayer plutôt de :
  • M’arrêter
  • Prendre le temps de voir ce qui pose problème
  • Formuler la question
  • Faire de l’espace autour de tout cela
  • Réfléchir calmement à la question
  • Tenter de me poser des questions qui aident, du genre : qu’as-tu besoin d’apprendre, de quoi as-tu besoin pour cet apprentissage, où peux-tu trouver les réponses, de quel espace-temps as-tu besoin, est-ce réalisable maintenant ou dois-tu apprendre d’autres choses avant? Comment peux-tu faire ce pas en arrière et négocier cette étape? (et non « tu devrais savoir, tu n’y arriveras jamais… »)
J’oublie qu’il faut se préparer aux erreurs, aux chaos de tout projet créatif… et puis, je me souviens. Il en va ainsi d’à peu près tout dans l’existence : on y pense, puis on oublie et on y pense à nouveau. On y pense peut-être juste un peu plus vite? Je croise les doigts…

Procrastination

Depuis cet été, je souffre de procrastination dans l’écriture de mon roman. J’ai eu de la peine à l’admettre, tant je procrastine peu habituellement. Mais là, dans la réécriture, je procrastine. En grande partie parce que je ne sais pas comment on fait pour réécrire un livre.  Ecrire, j’ai un peu appris, mais réécrire, je ne sais pas. Il y a ça et puis il y a aussi ma tendance perfectionniste qui a repris vigueur. Je ne veux pas simplement écrire un roman, je veux écrire un bon roman. Ce virage, à un moment du processus, est LE piège. Le mur contre lequel l’enthousiasme et l’innocence des débuts vient se fracasser.

Cerveau gauche

Ce moment correspond à celui où le cerveau gauche doit reprendre sa place dans le processus créatif. Dans la première phase d’écriture, on apprend à laisser le cerveau droit faire le travail avec plus ou moins de liberté. Plus on lui en laisse, mieux votre histoire prend forme. C’est un processus de lâcher prise et de confiance. Et puis, vient le moment de réécriture où le cerveau gauche doit à nouveau reprendre du service. C’est nécessaire. C’est lui qui va juger ce qui doit être amélioré, laissé de côté, corrigé. Le tout est de ne pas le laisser totalement maître à bord. C’est un équilibre à trouver et l’équilibre n’est pas inné. On a tous très souvent un esprit critique très développé et il est très facile dans cette phase de tomber dans la déconsidération de tout ce qui a été écrit jusque là. « C’est nul, ça craint, tout ça pour ça, retourne dans ton trou, arrête ça pendant qu’il en est encore temps, fais autre chose… »  Le mur donc. Il m’a fallu plusieurs semaines pour trouver un chemin dans ce flot de critiques intérieures. Parce qu’au delà du discours négatifs, il y a LA grande question : comment fait-on pour corriger quelques 60’000 mots? Comment donner du rythme, ménager l’intrigue, gommer les erreurs et les approximations? Sans compter que ce ne sera jamais assez bien, qu’il faudrait toujours avoir lu un livre de plus pour savoir comment s’y prendre et que de toute façon, tout a déjà été dit et tellement mieux que je ne saurai jamais le faire.

Changement d’optique

J’ai été tenté à un moment d’abandonner quelques temps, pour faire autre chose. Et puis, j’ai changé d’optique : et si je choisissais l’option « roman écrit » plutôt que « roman prix Pulitzer »? Avoir comme seule ambition d’aller au bout. C’est moins sexy, tout-de-suite moins excitant, mais ça à le mérite d’être concret et réaliste. J’apprendrai beaucoup plus en terminant un roman imparfait qu’en laissant traîner une histoire à moitié développée dans l’attente d’une inspiration ou d’un coup de génie. Ce ne sera pas parfait, mais ça serait fait. Et dans le processus, j’aurai au moins appris ce qu’il faut pour recommencer le suivant.

Concrètement, j’ai donc tout relu et annoter. Je fais une pause de deux semaines, puis commence concrètement la réécriture, soit développer ce qui demande à l’être, apporter des détails qui donneront chair aux personnages et vie aux scènes. J’ai fini de compléter un storyboard-panneau d’inspiration avec les photos prises cet été dans mon voyage en Angleterre. L’écriture se fera donc aussi en contemplant ce mur à la recherche de ces détails qui font toute la différence.

A bientôt, Mireille

Embellir sa vie?

Je pense beaucoup à cela en ce moment : quand on publie de jolies photos sur les réseaux sociaux, quand on montre tout ce qu’on fait de bien, n’enjolive-t-on pas la réalité? N’est-ce pas un énorme mensonge? Ne nous trompons-nous pas les uns les autres? Ne mettons pas ainsi la barre trop haut (pour soi et pour les autres?).
Oui, en partie. Je comprends l’argument. Il y a le fameux FOMO qui rampe là autour et ça peut être destructeur. Mais en partie seulement, parce que d’autre part, j’aime le narratif de tout cela. Je vais essayer de m’expliquer.

Ce n’est qu’une histoire

Nous avons tellement tendance à ne voir que ce qui ne va pas. Notre cerveau est construit ainsi, pour réagir aux dangers. Notre cerveau est sur fréquence radio-critique à longueur de journée, nous disant « qu’on est insuffisant, qu’on devrait plutôt, que c’est nul et qu’est-ce qui cloche avec moi ». Quand les réseaux sociaux accentuent cela, c’est moche. On devrait pouvoir se dire, comme au cinéma : «  »C’est un film! » Oui, parce que c’est un film. C’est une histoire que l’on raconte. Et il faut prendre un peu de recul, se rappeler  qu’une histoire reste une histoire. C’est à dire qu’elle opte pour un angle, une façon d’aborder le récit, qu’il y aurait mille autres façons de la raconter. Dans une histoire, ce que l’on ne dit pas compte autant que ce que l’on dit. La vraie vie est plus complexe que cela.

J’aime les histoires

Par contre, j’aime aussi infiniment les histoires que l’on raconte. Elles sont nécessaires pour donner du sens, ce dont nous avons si désespérément besoin. J’aime prendre en photos les choses de ma vie qui comptent et les mettre en valeur avec un petit texte et quelques jolies retouches. C’est ma façon de les honorer, de dire : je t’ai vu, je t’ai remarqué, tu as une place dans ma vie ». Une façon d’aimer ma vie en quelque sorte. En partageant sur les réseaux sociaux, je ne crois pas que j’essaie de dire : « Regardez comme ma vie est parfaite et comme je suis absolument géniale. » Par contre, j’essaie de dire : « Voilà comment je vois mon monde, voilà ce qui compte pour moi, voilà ce que j’aime et qui me donne envie de me lever le matin. » Et faisant cela, c’est ma propre vie que j’embellis, par l’attention que je lui donne. Alors, embellissons nos vies, tout en se rappelant toujours que ce n’est qu’une portion de  toute une histoire beaucoup plus complexe!
(texte écrit pour Instagram et que j’ai eu envie de partager ici aussi)

Vous savez ces choses qu’on fait comme ça, comme elles viennent, sans agenda?

Une chose à savoir à mon sujet est que je suis une obsédée de l’organisation. Mais vraiment. Chaque soir, je prépare ma journée du lendemain de façon assez détaillée. Je pense qu’on ne va nulle part si on n’est pas organisée. Mais j’ai aussi appris qu’être adulte, c’est apprendre à tenir ensemble deux choses qui se contredisent en apparence. Comme  :être organisée et adorer les espaces sans agenda, les préserver jalousement, les cultiver. C’est là que jaillissent la vie, l’inspiration, les étincelles. Pour ma part, je suis convaincue qu’elles jaillissent parce que par ailleurs, mes journées sont organisées. Je jouis d’espace libre comme d’une pluie un jour d’été. Trop de pluie, ça donne un été pourri, pas assez et tout s’assèche. Un équilibre à trouver. En ce qui me concerne, un « No agenda » sera ma prochaine ligne dans… mon agenda!

Voici un article un peu plus personnel, puisque j’aimerais vous parler du rapport à mon corps. Depuis quelques mois, je suis devenue particulièrement sensible à la honte et à la violence qui peut s’y glisser. Comme chacun, j’y ai bien sûr été confrontée depuis pratiquement toujours, mais la ménopause est venue accélérer ce phénomène. Mon apparence a changé de façon importante et très rapide. J’ai dû apprivoiser un nouveau corps, aka de nombreux kilos supplémentaires en quelques mois. Ça a été un choc. J’ai eu le sentiment de passer par une seconde adolescence, mais en moins sexy. J’ai dû résister à une envie de détestation de mon corps, sans y parvenir toujours.

Injonction de la minceur

Les injonctions à la minceur font que je vis mal les rondeurs qui s’installent et ma silhouette qui s’épaissit. J’ai le sentiment quelque part de ne pas être à la hauteur, de ne pas être suffisante. Et c’est terrifiant quand on y pense. Je n’ose imaginer ce que doivent ressentir et depuis toujours les personnes avec un handicap. J’imagine qu’ils ont fait le chemin le plus dur, ce chemin profond, loin des messages superficiels de notre société : reconnaître notre humanité, reconnaître notre droit inaltérable d’exister, percevoir sa propre valeur au delà de l’apparence, reconnaître le divin en soi. C’est un chemin silencieux, solitaire et profond. Très. Et long. Tellement long pour une société qui prône l’immédiateté. C’est aller à contre-courant. C’est faire le job. Sans publicité, avec souffrance, sans reconnaissance, mais avec ce qu’il y a de plus précieux en soi : son humanité. Voilà ce que m’amènent à penser quelques (peut-être un peu plus) kilos de plus…

Les réseaux sociaux

Si on critique souvent les réseaux sociaux pour leur rôle négatif dans la perception de soi par rapport aux autres, j’ai, dans ce cas, découvert tout un mouvement de « body positive » (soit, et ce sont là les limites du français, « corps positif ») qui combat les injonctions et les canons de beauté dont nous sommes bombardés. Ces femmes (voir liens ci-dessous) sont des militantes qui font preuve de courage et d’audace en affichant leur corps et leurs rondeurs sans complexe. Je suis une Suissesse en vrai et par nature, mais ça ne m’empêche pas de penser que, parfois, il faut des révolutions pour faire avancer une cause. On a besoin de militantes pour faire bouger les lignes J’ai trouvé dans ce mouvement un encouragement à m’accepter moi et mon corps changeant. J’ai beau me dire qu’on a le droit d’exister même si on est gros, vieux ou moche, n’empêche que les messages absorbés depuis toujours me font en douter trop souvent. Et ce n’est pas acceptable. Non, ce n’est pas acceptable de juger une personne sur son physique ou sur sa taille. On est beaucoup plus que des chiffres sur une balance.

Apprendre à s’accepter

Je n’ai pas une âme de militante. Je doute que je poserai un jour en maillot de bain sur Instagram, assumant mes rondeurs et ma peau d’orange, mais, par contre, je choisis de m’aimer. En douceur. Patiemment. Avec des hauts et des bas, mais aussi avec persévérance. Mon projet couture dérive directement de cette prise de conscience. Puisque le prêt à porter ne semble pas correspondre à mes courbes et que le shopping s’assimile désormais à une corvée, j’ai choisi de me coudre ma garde-robe. Ce n’est pas plus facile, mais c’est tellement plus satisfaisant et excitant. Ça m’aide aussi à me poser plus sérieusement des questions utiles (comme de quoi j’ai envie, quelle coupe me va le mieux,…) et me permet d’adapter les patrons selon mes mensurations! J’ai lu que l’acceptation de son corps, c’est avoir la posture de : comme j’accepte que le ciel soit bleu, j’accepte mon corps tel qu’il est. Tenter d’arrêter la guerre à coups de régime et de sport à outrance. Faire la paix. C’est tout ce à quoi j’aspire. Je pense aussi que c’est nécessaire de faire cette démarche à un moment, une façon d’apprendre à vieillir aussi et à accepter ce corps qui change. Pour moi, c’est le moment ou jamais.

Quelques liens :

  • Une femme qui fait du bien : Stasia Savasuk. Si vous comprenez l’anglais, prenez le temps de voir celle-ci (Ted Talk). Elle fait du bien à l’âme.
  • Côté français, il y a Ely Killeuse. Elle a sorti un livre qui est un succès en libraire.
  • Côté monde anglo-saxon, il y a Meghan Jayne Crabbe et son livre  ou encore Isabel Foxen Duke.
  • Une approche qui m’aide et me soutient est celle de l’alimentation intuitive développée par Evelyn Tribole en particulier. Le livre qui m’a convaincu d’abandonner l’idée de régime.

Pour résumer : nous valons beaucoup plus que notre tour de taille ou de hanche. Ne jamais l’oublier!

Prenons soin de nous! Mireille

 

Réécriture

Depuis la rentrée, je travaille à la réécriture de mon roman. J’ai terminé une première version, un premier jet avant de partir en Angleterre. Une première version est cela, juste une première version. Je l’ai écrit en essayant de tenir l’esprit critique à distance. Il s’agit donc d’une version brute, avec du bon, du moins bon et du mauvais. L’important est d’exister, d’être une base sur laquelle travailler.

J’ai trouvé le passage entre première et seconde versions délicat. Je n’ai aucun métier. Je ne sais souvent pas exactement ce que je fais et encore moins à quoi j’en suis. J’avais conscience d’avoir une base, mais sans plus. Paradoxalement, je découvre que c’est souvent difficile de prendre conscience qu’on a passé un cap. J’ai tendance à dénigrer mon travail. C’est presque plus facile pour moi de vivre avec le sentiment de « ne pas y arriver ». Je l’ai vécu avec le projet de ma garde-robe maison cet été. À un moment, j’ai compris que, oui bien sûr, j’aurais pu encore coudre une robe, un autre pantacourt, mais dans le fond, j’avais ce qu’il fallait. C’était assez. J’y suis arrivée. Ce phénomène s’explique peut-être en partie par ce fameux FOMo, Fear Of Missing Out (= peur de manquer).

Ma ligne d’arrivée

J’ai donc besoin de mettre des balises, de poser de claires lignes d’arrivées. Au moins pour m’assurer que quand je les franchirai, je saurai que je les ai franchies. La mienne, actuellement, est : fin décembre, j’ai terminé ma seconde version. Je n’ai aucune idée si j’y arriverai, mais j’avance. Un pas après l’autre. Parce qu’il n’y a aucune autre façon d’avancer. Pour l’instant donc, je relis. Je pose des questions. Je me dis : comment pourrais-je amener des mystères? Comment développer l’intrigue, en ajouter d’autres, secondaires? Comment épaissir cette histoire, donner plus de chairs aux personnages? Je remplis des petites fiches qui me permettront, j’espère, de pouvoir jouer avec la structure d’une façon plus « physique », d’essayer plusieurs versions.

Ce n’est pas facile de prendre le temps de s’arrêter, de voir ce qu’il y a à faire et de penser calmement à la prochaine étape. C’est plus facile de se dire : «  Je suis nulle, je n’y arriverai jamais, comment ai-je pu imaginer faire une chose pareille, je n’ai pas les compétences, si seulement je… ». Ça, c’est assez facile. Dire : « Ok, j’ai cette histoire, j’ai ce premier jet. Comment je peux l’agencer, jouer avec ces scènes, les développer? », c’est plus de travail. C’est compliqué, ce n’est pas linéaire, c’est plein d’essais, d’erreurs et d’itérations.

L’écriture, un processus lent

La vérité est que l’écriture est un processus lent. La lenteur ne plaît pas à mon esprit critique. Celui-ci veut du résultat. Il veut avancer. Il veut cocher des listes. L’écriture ne lui plaît pas : on ne sait pas si ce qu’on fait est bien (ce n’est jamais assez bien d’ailleurs), il n’y a pas de clairs repères et on ne peut compter sur aucun résultat sûr. Et c’est surtout beaucoup trop lent. Il faut des mois, des années pour écrire une simple histoire. C’est insensé. Insensé pour mon esprit critique en tout cas. Ainsi donc, si prendre son temps semble être la subversion absolue dans un monde de vitesse, je suis subversive. Je me donne le temps d’écrire, de penser, d’élaborer un récit, d’apprendre, de me tromper, de recommencer. À cinquante ans, c’est le moment ou jamais d’oser la subversion, non?

 

J’ai un rapport au temps compliqué. J’en manque toujours et celui que je grappille, je le remplis de choses à faire. Je sens bien que je devrais m’arrêter davantage. Je sais que j’aime infiniment ça : m’arrêter et observer la vie, le monde, mes pensées, les autres. Et pourtant je ne prends pas le temps je ne me donne pas ce temps. Ou quand je me l’autorise, les assauts de culpabilité sont tels que je préfère faire quelque chose que de rester la cible de cette déferlante de critiques.

N’empêche. Je sais que j’ai besoin de m’arrêter, de lever ma tête de mes listes de choses à faire et de regarder le monde, perdre mon temps, ne pas avoir d’agenda ni d’objectifs à atteindre.

Je me suis imaginé un programme fait de très petits pas, l’expérience m’ayant montrée que les grandes manœuvres, dans ce domaine, n’apportaient qu’anxiétés et résistances inutiles. Petits pas donc : cinq minutes par jour. Où la seule chose admissible est de tenir une tasse de café entre mes mains. Cinq minutes pour regarder, écouter, découvrir, s’étonner, voir et observer. Cinq minutes, ça semble réalisable.

Ce soir, je suis sortie dans le jardin et j’ai observé que :

  • On y trouve des pommes (immangeables, mais décoratives)
  • La glycine produit de drôles de fruits allongés et velus
  • Le tilleul commence à jaunir
  • L’écorce du cèdre ressemble à des écailles carrées, ses branches sortent du tronc, toutes maigres. Il y a là quelque chose de disproportionné.
  • Les oiseaux commencent à se rassembler dans le grand arbre de la maison voisine. Leur piaillement me rappelle que c’est la fin de l’été et mon cœur se serre un peu.
  • Il faudra penser à balayer l’allée, les feuilles commencent à tomber.
  • Les pruneaux ont peu donné cette année.
  • Cinq minutes, ça passe vite. Il y a tant à voir et tant de curiosités à suivre.

Je crois que je retournerai au jardin demain… Pour faire mon petit pas et mes observations minuscules…

Elle s’appelait Emilie.
Emilie avait une cicatrice sous le menton.
Emilie parlait peu. Elle répondait en laissant un petit silence entre la question et la réponse. Elle disait assez souvent « du coup… » au début d’une phrase.
Emilie était discrète.
Emilie était tout en longueur, très fine. Elle portait des jupes très courtes qui mettaient en valeur ses longues jambes et soulignaient sa jeunesse.
Elle avait de longs cheveux qui bouclaient aux pointes. Elle portait souvent les ongles longs et se les peignait parfois. Quand je la voyais, son vernis était le plus souvent écaillé. Il n’en restait que quelques lambeaux. Je pensais : à vingt ans, on peut tout se permettre.
Emilie aimait la photographie.
Emilie m’avait envoyé un message à mes cinquante ans. Je l’avais remerciée de penser à sa vieille tante. Elle m’avait répondu : « Mais non tu n’es pas vieille ! Tu es encore pleine de vie ». Et ça avait été mon message préféré parmi tout ceux reçus ce jour-là.
La dernière fois que je l’ai vue, Emilie portait une longue robe avec des imprimés végétaux et des tennis blanches aux pieds. Je l’ai vu se regarder dans le miroir, y guetter ce qu’elle craignait d’y voir. Elle m’a semblé ne plus être qu’une plume, légère. Ses yeux clairs désemparés.
Nous sommes sortis du restaurant pour fumer. C’est la première fois que je voyais Emilie avec une cigarette, mais c’est elle qui m’a dit : « Je ne t’ai jamais vue fumer, tata ».
Au moment de partir, j’aurais aimé la serrer dans mes bras, mais nous ne savions pas ces gestes-là entre nous.
Quelques jours plus tard, au téléphone, Emilie m’a dit un peu de sa détresse. Elle était brave, elle voulait affronter, elle avait peur de ne pas y arriver. Je lui ai dit que c’était ce qu’elle faisait, elle affrontait. Nous rêvons de batailles glorieuses, elles sont le plus souvent chaotiques, elles font ce qu’elles peuvent. Nous ne faisons que ça : ce que nous pouvons.
Emilie était ma nièce. Elle était belle. Elle en doutait, mais elle était très belle. Elle avait vingt et un ans. Nous l’enterrons aujourd’hui.
Pour toujours, puissions-nous lui laisser une place dans nos vies.

Focus et jalousie

Il y a un concept qui m’attire, c’est celui de focus. C’est un terme anglais qui se traduit par « concentration », mais je trouve qu’il possède en lui-même quelque chose de plus. C’est une façon non seulement de se concentrer, mais de choisir de porter son attention et son énergie, de faire converger, d’amener au centre.
En parcourant des blogs et les flux sur Instagram en particulier, je me surprends souvent à jalouser les sites « de niche ». Je voudrais moi aussi être capable de faire une chose parfaitement, de maîtriser un domaine, de poursuivre une quête, de construire ma cathédrale. Me spécialiser. Faire une seule chose, mais la faire à la perfection. Peut-être que la jalousie me montre un chemin. Probablement. Je voudrais choisir, m’engager, me consacrer à un domaine, tout en y parvenant jamais. Oui, je choisis, mais plus ou moins rapidement, à un moment, j’aurai envie d’essayer autre chose. Je serai curieuse de m’intéresser à un autre domaine, de le découvrir. C’est puissant la curiosité, c’est une force que je dois apprendre à canaliser. Parce que je suis aussi consciente que je suis souvent curieuse à un moment où le domaine dans lequel je me suis investi me pose un challenge. Je rencontre un obstacle et je choisis plutôt que d’y faire face, de le contourner.  Il y a des moments où cette réaction est saine, où l’obsession ne mène à rien, où faire un pas de côté permet de découvrir de nouvelles perspectives. Mais il y a aussi des moments où la persévérance est le chemin, où je dois franchir un cap. J’aime les débuts, j’aime découvrir, j’aime rechercher, je peine à persévérer. Et je sais que c’est que je dois travailler à présent. C’est ce que me raconte ma jalousie.

Main Focus

L’approche que je tente en ce moment est celle du « main focus » : je choisis un domaine qui est prioritaire, j’y consacre la majorité du temps que j’ai à disposition, tout en gardant en parallèle quelques autres projets moins gourmands en temps et en énergie. Mon « main focus » du moment est de retravailler le premier jet de mon roman et de terminer une seconde version à la fin de l’année. A côté de cela, je cultive mon jardin, je couds quelques robes et m’essaie à la couture de sacs. J’aime bien ce mélange, il me donne un espèce d’équilibre entre concentration, mouvements et rythmes. J’ai dû renoncer à l’idée de me coudre une garde-robe complète, projet trop complexe et chronophage et ai opté pour quelques pièces, surtout des robes. Je deviens sage, n’est-ce pas? Pourtant, je dois rester vigilante. Tenter de coudre un sac, par exemple, m’a tellement plu que mon esprit avait déjà envie d’en coudre davantage, de les mettre en vente, de dessiner des patrons et de créer une boutique en ligne. C’est ainsi que mon esprit fonctionne et ce n’est pas de tout repos. « Ok, Mireille, cool… chouette projet, mais revenons à ce manuscrit, tu veux bien? », voilà ce que je dois me dire encore et encore.
Alors, je vais tenter de persévérer. Si ça semble moins amusant a priori, je suis prête à parier que c’est par contre drôlement satisfaisant.

Ranger backbag

Backbag pattern by Noodlehead

 

Si un homme a droit à sa place au musée de ma vie, c’est mon mari…
Parce que ce n’est pas toujours très intéressant de vivre avec moi, je suppose. Entre mon introversion qui réclame beaucoup de temps en solitaire et mes projets chronophage, je ne suis pas l’épouse disponible qu’il aurait peut-être rêvé d’avoir, pleine d’idées pour occuper nos week-ends et les remplir d’activités passionnantes. Quoique. C’est plutôt moi qui aurait rêvé d’être une telle épouse. Je ne le suis pas autant que je le voudrais. Pour toutes ces raisons et tellement plus, mon mari a sa place ici. Il en est même la pièce maîtresse. Il est ma Joconde, mon Guernica, ma pierre de rosette et plus encore. Merci Ben d’être là dans ma vie.
Leçons de ma première année dans mon jardin :
  1. Ça demande du temps.
  2. Ça demande beaucoup de temps.
  3. Ça demande beaucoup de patience.
  4. Ça demande du travail.
  5. On se pose mille questions étranges, par ex. pourquoi les chenilles/insectes/ou je ne sais quelle bête ne rongent que les feuilles de MES fleurs? (et pas des mauvaises herbes)
  6. Il faut se préparer à l’échec : sur mes quelque soixante semis, seuls deux cosmos, trois amarantes, cinq pois de senteur. Trois de mes dix rhizomes de dahlias ont poussé. Par contre à peu près toutes mes semis de cerinthes ont pris. Donc, pas mal de frustrations à gérer.
  7. Quand on n’y croit plus, alors qu’on se résigne à ne pouvoir cueillir aucun bouquet de son lopin de terre stérile, alors qu’on pense ne pas avoir la main verte, le jardin soudain explose et vous surprend par sa générosité.
  8. Ça devient alors délicieux de veiller sur ses plantes et de les voir pousser. C’est bon. On se sent presque une reine en son royaume.
  9. Et alors que vous aviez planté des fleurs pour en faire des bouquets, vous découvrez que vous résistez à l’idée de les cueillir, que cet acte vous semble alors presque cruel, trop irrémédiable.
  10. Mais quand je tiens entre mes mains un bouquet de fleurs qui viennent de mon jardin, c’est comme un petit miracle et j’en danserais presque de bonheur. 

Alors malgré le temps, le travail, les déceptions, les questions, l’investissement, je pense : je vais bientôt commander des graines, planter quelques vivaces, peut-être construire une petite serre, nourrir la terre, laisser passer l’hiver et me réjouir du printemps à venir.

La partie immergée de l’iceberg

Je repense à cette image alors que je construis ce blog. Le cliché est vieux comme le monde, mais pourtant, il est tellement évocateur. J’y repense au moment où je réalise que, parfois, des personnes de la « vraie vie » viennent à découvrir cette part de moi ici, en ligne. Mon mari ne comprend pas toujours ce paradoxe : je suis parfois gênée quand des proches me parlent de ce qu’ils ont appris en me lisant. « Mais tu publies ça potentiellement à la terre entière »! Il a raison. Ce qu’il ne comprend pas, c’est que je n’ai pas honte de ce que je dis ici. Non, mais ici, c’est une part de moi qui vient très peu à la surface dans mon quotidien, une part que je ne suis pas habitué à partager. Pas que je ne le veuille pas, mais, simplement, il n’y a pas de place pour cela dans mes relations. Ou très peu. Je suis prête à parier que chacun vit cela : au quotidien, dans nos échanges, ce qui est important pour soi ne  transparaît pas ou presque pas.

Il y a quelque chose de désespérant quand on y pense. Tellement de frontières à passer avant d’arriver au coeur : les siennes, celles de l’autre, la peur du rejet. Mais oui, je voudrais savoir ce qui vous fait vibrer, ce qui fait battre votre coeur plus vite, ce qui vous fait lever le matin, connaître vos désirs, vos peurs, vos hontes, vos espoirs, vos doutes, vos forces et vos fragilités.Et moi, si je suis très en confiance, je me risquerais à vous les dire aussi.

Se sentir vulnérable

Mais il faudrait que je sois très très en confiance et que vous soyez très très bienveillant et très curieux (positivement curieux, intéressé). Parce que je vous jure que de dire : « Oh, moi, j’écris un roman« , ça rend très vulnérable. Je deviens tout rouge, je dis n’importe quoi, je ne sais plus ce que je fais et tout juste pourquoi j’écris un roman. Il y a une tempête dans mon cerveau. « Que va-t-il penser, non, mais pour qui tu te prends, as-tu même seulement quelque chose à dire, tu ferais mieux de faire autre chose, tu es pitoyable. Tu ne peux pas faire comme le monde, tu es obligée de te rendre intéressante, retourne dans ton trou ». Et, à un moment, vous ne savez plus si vous le pensez ou si vous entendez les autres le penser. Vous connaissez cette voix-là? Quand elle hurle dans ma tête, je n’ai plus rien envie de dire, je renonce : « Oh, un peu de couture et du jardin », rien qui ne me mette dans ce tourbillon-là. Rien de trop important. Important, mais pas trop. Raisonnable.

Pour partager

Et pourtant, reste ce désir du partage. Et voilà donc, ce site, ces billets, pour amener davantage à la surface cette part de moi qui au quotidien reste en grande partie immergée. Ces billets pour affirmer ma voix, partager, dire « c’est moi aussi, c’est moi surtout ». Et peut-être qu’un jour, j’accepterai mieux de me sentir vulnérable et qu’à force, je pourrai en parler ouvertement sans rougir comme une adolescente. J’aimerais beaucoup.

Alors que le monde tourne, que le temps avance, que quelqu’un meurt quelque part, qu’un enfant naît, qu’un rire éclat, qu’un couple se déchire, qu’un autre s’aime, qu’une voiture passe, que la vie défile partout tout le temps, pendant ce temps, sur mon balcon…

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