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mireille

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Vous savez ces choses qu’on fait comme ça, comme elles viennent, sans agenda?

Une chose à savoir à mon sujet est que je suis une obsédée de l’organisation. Mais vraiment. Chaque soir, je prépare ma journée du lendemain de façon assez détaillée. Je pense qu’on ne va nulle part si on n’est pas organisée. Mais j’ai aussi appris qu’être adulte, c’est apprendre à tenir ensemble deux choses qui se contredisent en apparence. Comme  :être organisée et adorer les espaces sans agenda, les préserver jalousement, les cultiver. C’est là que jaillissent la vie, l’inspiration, les étincelles. Pour ma part, je suis convaincue qu’elles jaillissent parce que par ailleurs, mes journées sont organisées. Je jouis d’espace libre comme d’une pluie un jour d’été. Trop de pluie, ça donne un été pourri, pas assez et tout s’assèche. Un équilibre à trouver. En ce qui me concerne, un « No agenda » sera ma prochaine ligne dans… mon agenda!

Voici un article un peu plus personnel, puisque j’aimerais vous parler du rapport à mon corps. Depuis quelques mois, je suis devenue particulièrement sensible à la honte et à la violence qui peut s’y glisser. Comme chacun, j’y ai bien sûr été confrontée depuis pratiquement toujours, mais la ménopause est venue accélérer ce phénomène. Mon apparence a changé de façon importante et très rapide. J’ai dû apprivoiser un nouveau corps, aka de nombreux kilos supplémentaires en quelques mois. Ça a été un choc. J’ai eu le sentiment de passer par une seconde adolescence, mais en moins sexy. J’ai dû résister à une envie de détestation de mon corps, sans y parvenir toujours.

Injonction de la minceur

Les injonctions à la minceur font que je vis mal les rondeurs qui s’installent et ma silhouette qui s’épaissit. J’ai le sentiment quelque part de ne pas être à la hauteur, de ne pas être suffisante. Et c’est terrifiant quand on y pense. Je n’ose imaginer ce que doivent ressentir et depuis toujours les personnes avec un handicap. J’imagine qu’ils ont fait le chemin le plus dur, ce chemin profond, loin des messages superficiels de notre société : reconnaître notre humanité, reconnaître notre droit inaltérable d’exister, percevoir sa propre valeur au delà de l’apparence, reconnaître le divin en soi. C’est un chemin silencieux, solitaire et profond. Très. Et long. Tellement long pour une société qui prône l’immédiateté. C’est aller à contre-courant. C’est faire le job. Sans publicité, avec souffrance, sans reconnaissance, mais avec ce qu’il y a de plus précieux en soi : son humanité. Voilà ce que m’amènent à penser quelques (peut-être un peu plus) kilos de plus…

Les réseaux sociaux

Si on critique souvent les réseaux sociaux pour leur rôle négatif dans la perception de soi par rapport aux autres, j’ai, dans ce cas, découvert tout un mouvement de « body positive » (soit, et ce sont là les limites du français, « corps positif ») qui combat les injonctions et les canons de beauté dont nous sommes bombardés. Ces femmes (voir liens ci-dessous) sont des militantes qui font preuve de courage et d’audace en affichant leur corps et leurs rondeurs sans complexe. Je suis une Suissesse en vrai et par nature, mais ça ne m’empêche pas de penser que, parfois, il faut des révolutions pour faire avancer une cause. On a besoin de militantes pour faire bouger les lignes J’ai trouvé dans ce mouvement un encouragement à m’accepter moi et mon corps changeant. J’ai beau me dire qu’on a le droit d’exister même si on est gros, vieux ou moche, n’empêche que les messages absorbés depuis toujours me font en douter trop souvent. Et ce n’est pas acceptable. Non, ce n’est pas acceptable de juger une personne sur son physique ou sur sa taille. On est beaucoup plus que des chiffres sur une balance.

Apprendre à s’accepter

Je n’ai pas une âme de militante. Je doute que je poserai un jour en maillot de bain sur Instagram, assumant mes rondeurs et ma peau d’orange, mais, par contre, je choisis de m’aimer. En douceur. Patiemment. Avec des hauts et des bas, mais aussi avec persévérance. Mon projet couture dérive directement de cette prise de conscience. Puisque le prêt à porter ne semble pas correspondre à mes courbes et que le shopping s’assimile désormais à une corvée, j’ai choisi de me coudre ma garde-robe. Ce n’est pas plus facile, mais c’est tellement plus satisfaisant et excitant. Ça m’aide aussi à me poser plus sérieusement des questions utiles (comme de quoi j’ai envie, quelle coupe me va le mieux,…) et me permet d’adapter les patrons selon mes mensurations! J’ai lu que l’acceptation de son corps, c’est avoir la posture de : comme j’accepte que le ciel soit bleu, j’accepte mon corps tel qu’il est. Tenter d’arrêter la guerre à coups de régime et de sport à outrance. Faire la paix. C’est tout ce à quoi j’aspire. Je pense aussi que c’est nécessaire de faire cette démarche à un moment, une façon d’apprendre à vieillir aussi et à accepter ce corps qui change. Pour moi, c’est le moment ou jamais.

Quelques liens :

  • Une femme qui fait du bien : Stasia Savasuk. Si vous comprenez l’anglais, prenez le temps de voir celle-ci (Ted Talk). Elle fait du bien à l’âme.
  • Côté français, il y a Ely Killeuse. Elle a sorti un livre qui est un succès en libraire.
  • Côté monde anglo-saxon, il y a Meghan Jayne Crabbe et son livre  ou encore Isabel Foxen Duke.
  • Une approche qui m’aide et me soutient est celle de l’alimentation intuitive développée par Evelyn Tribole en particulier. Le livre qui m’a convaincu d’abandonner l’idée de régime.

Pour résumer : nous valons beaucoup plus que notre tour de taille ou de hanche. Ne jamais l’oublier!

Prenons soin de nous! Mireille

 

Réécriture

Depuis la rentrée, je travaille à la réécriture de mon roman. J’ai terminé une première version, un premier jet avant de partir en Angleterre. Une première version est cela, juste une première version. Je l’ai écrit en essayant de tenir l’esprit critique à distance. Il s’agit donc d’une version brute, avec du bon, du moins bon et du mauvais. L’important est d’exister, d’être une base sur laquelle travailler.

J’ai trouvé le passage entre première et seconde versions délicat. Je n’ai aucun métier. Je ne sais souvent pas exactement ce que je fais et encore moins à quoi j’en suis. J’avais conscience d’avoir une base, mais sans plus. Paradoxalement, je découvre que c’est souvent difficile de prendre conscience qu’on a passé un cap. J’ai tendance à dénigrer mon travail. C’est presque plus facile pour moi de vivre avec le sentiment de « ne pas y arriver ». Je l’ai vécu avec le projet de ma garde-robe maison cet été. À un moment, j’ai compris que, oui bien sûr, j’aurais pu encore coudre une robe, un autre pantacourt, mais dans le fond, j’avais ce qu’il fallait. C’était assez. J’y suis arrivée. Ce phénomène s’explique peut-être en partie par ce fameux FOMo, Fear Of Missing Out (= peur de manquer).

Ma ligne d’arrivée

J’ai donc besoin de mettre des balises, de poser de claires lignes d’arrivées. Au moins pour m’assurer que quand je les franchirai, je saurai que je les ai franchies. La mienne, actuellement, est : fin décembre, j’ai terminé ma seconde version. Je n’ai aucune idée si j’y arriverai, mais j’avance. Un pas après l’autre. Parce qu’il n’y a aucune autre façon d’avancer. Pour l’instant donc, je relis. Je pose des questions. Je me dis : comment pourrais-je amener des mystères? Comment développer l’intrigue, en ajouter d’autres, secondaires? Comment épaissir cette histoire, donner plus de chairs aux personnages? Je remplis des petites fiches qui me permettront, j’espère, de pouvoir jouer avec la structure d’une façon plus « physique », d’essayer plusieurs versions.

Ce n’est pas facile de prendre le temps de s’arrêter, de voir ce qu’il y a à faire et de penser calmement à la prochaine étape. C’est plus facile de se dire : «  Je suis nulle, je n’y arriverai jamais, comment ai-je pu imaginer faire une chose pareille, je n’ai pas les compétences, si seulement je… ». Ça, c’est assez facile. Dire : « Ok, j’ai cette histoire, j’ai ce premier jet. Comment je peux l’agencer, jouer avec ces scènes, les développer? », c’est plus de travail. C’est compliqué, ce n’est pas linéaire, c’est plein d’essais, d’erreurs et d’itérations.

L’écriture, un processus lent

La vérité est que l’écriture est un processus lent. La lenteur ne plaît pas à mon esprit critique. Celui-ci veut du résultat. Il veut avancer. Il veut cocher des listes. L’écriture ne lui plaît pas : on ne sait pas si ce qu’on fait est bien (ce n’est jamais assez bien d’ailleurs), il n’y a pas de clairs repères et on ne peut compter sur aucun résultat sûr. Et c’est surtout beaucoup trop lent. Il faut des mois, des années pour écrire une simple histoire. C’est insensé. Insensé pour mon esprit critique en tout cas. Ainsi donc, si prendre son temps semble être la subversion absolue dans un monde de vitesse, je suis subversive. Je me donne le temps d’écrire, de penser, d’élaborer un récit, d’apprendre, de me tromper, de recommencer. À cinquante ans, c’est le moment ou jamais d’oser la subversion, non?

 

J’ai un rapport au temps compliqué. J’en manque toujours et celui que je grappille, je le remplis de choses à faire. Je sens bien que je devrais m’arrêter davantage. Je sais que j’aime infiniment ça : m’arrêter et observer la vie, le monde, mes pensées, les autres. Et pourtant je ne prends pas le temps je ne me donne pas ce temps. Ou quand je me l’autorise, les assauts de culpabilité sont tels que je préfère faire quelque chose que de rester la cible de cette déferlante de critiques.

N’empêche. Je sais que j’ai besoin de m’arrêter, de lever ma tête de mes listes de choses à faire et de regarder le monde, perdre mon temps, ne pas avoir d’agenda ni d’objectifs à atteindre.

Je me suis imaginé un programme fait de très petits pas, l’expérience m’ayant montrée que les grandes manœuvres, dans ce domaine, n’apportaient qu’anxiétés et résistances inutiles. Petits pas donc : cinq minutes par jour. Où la seule chose admissible est de tenir une tasse de café entre mes mains. Cinq minutes pour regarder, écouter, découvrir, s’étonner, voir et observer. Cinq minutes, ça semble réalisable.

Ce soir, je suis sortie dans le jardin et j’ai observé que :

  • On y trouve des pommes (immangeables, mais décoratives)
  • La glycine produit de drôles de fruits allongés et velus
  • Le tilleul commence à jaunir
  • L’écorce du cèdre ressemble à des écailles carrées, ses branches sortent du tronc, toutes maigres. Il y a là quelque chose de disproportionné.
  • Les oiseaux commencent à se rassembler dans le grand arbre de la maison voisine. Leur piaillement me rappelle que c’est la fin de l’été et mon cœur se serre un peu.
  • Il faudra penser à balayer l’allée, les feuilles commencent à tomber.
  • Les pruneaux ont peu donné cette année.
  • Cinq minutes, ça passe vite. Il y a tant à voir et tant de curiosités à suivre.

Je crois que je retournerai au jardin demain… Pour faire mon petit pas et mes observations minuscules…

Elle s’appelait Emilie.
Emilie avait une cicatrice sous le menton.
Emilie parlait peu. Elle répondait en laissant un petit silence entre la question et la réponse. Elle disait assez souvent « du coup… » au début d’une phrase.
Emilie était discrète.
Emilie était tout en longueur, très fine. Elle portait des jupes très courtes qui mettaient en valeur ses longues jambes et soulignaient sa jeunesse.
Elle avait de longs cheveux qui bouclaient aux pointes. Elle portait souvent les ongles longs et se les peignait parfois. Quand je la voyais, son vernis était le plus souvent écaillé. Il n’en restait que quelques lambeaux. Je pensais : à vingt ans, on peut tout se permettre.
Emilie aimait la photographie.
Emilie m’avait envoyé un message à mes cinquante ans. Je l’avais remerciée de penser à sa vieille tante. Elle m’avait répondu : « Mais non tu n’es pas vieille ! Tu es encore pleine de vie ». Et ça avait été mon message préféré parmi tout ceux reçus ce jour-là.
La dernière fois que je l’ai vue, Emilie portait une longue robe avec des imprimés végétaux et des tennis blanches aux pieds. Je l’ai vu se regarder dans le miroir, y guetter ce qu’elle craignait d’y voir. Elle m’a semblé ne plus être qu’une plume, légère. Ses yeux clairs désemparés.
Nous sommes sortis du restaurant pour fumer. C’est la première fois que je voyais Emilie avec une cigarette, mais c’est elle qui m’a dit : « Je ne t’ai jamais vue fumer, tata ».
Au moment de partir, j’aurais aimé la serrer dans mes bras, mais nous ne savions pas ces gestes-là entre nous.
Quelques jours plus tard, au téléphone, Emilie m’a dit un peu de sa détresse. Elle était brave, elle voulait affronter, elle avait peur de ne pas y arriver. Je lui ai dit que c’était ce qu’elle faisait, elle affrontait. Nous rêvons de batailles glorieuses, elles sont le plus souvent chaotiques, elles font ce qu’elles peuvent. Nous ne faisons que ça : ce que nous pouvons.
Emilie était ma nièce. Elle était belle. Elle en doutait, mais elle était très belle. Elle avait vingt et un ans. Nous l’enterrons aujourd’hui.
Pour toujours, puissions-nous lui laisser une place dans nos vies.

Focus et jalousie

Il y a un concept qui m’attire, c’est celui de focus. C’est un terme anglais qui se traduit par « concentration », mais je trouve qu’il possède en lui-même quelque chose de plus. C’est une façon non seulement de se concentrer, mais de choisir de porter son attention et son énergie, de faire converger, d’amener au centre.
En parcourant des blogs et les flux sur Instagram en particulier, je me surprends souvent à jalouser les sites « de niche ». Je voudrais moi aussi être capable de faire une chose parfaitement, de maîtriser un domaine, de poursuivre une quête, de construire ma cathédrale. Me spécialiser. Faire une seule chose, mais la faire à la perfection. Peut-être que la jalousie me montre un chemin. Probablement. Je voudrais choisir, m’engager, me consacrer à un domaine, tout en y parvenant jamais. Oui, je choisis, mais plus ou moins rapidement, à un moment, j’aurai envie d’essayer autre chose. Je serai curieuse de m’intéresser à un autre domaine, de le découvrir. C’est puissant la curiosité, c’est une force que je dois apprendre à canaliser. Parce que je suis aussi consciente que je suis souvent curieuse à un moment où le domaine dans lequel je me suis investi me pose un challenge. Je rencontre un obstacle et je choisis plutôt que d’y faire face, de le contourner.  Il y a des moments où cette réaction est saine, où l’obsession ne mène à rien, où faire un pas de côté permet de découvrir de nouvelles perspectives. Mais il y a aussi des moments où la persévérance est le chemin, où je dois franchir un cap. J’aime les débuts, j’aime découvrir, j’aime rechercher, je peine à persévérer. Et je sais que c’est que je dois travailler à présent. C’est ce que me raconte ma jalousie.

Main Focus

L’approche que je tente en ce moment est celle du « main focus » : je choisis un domaine qui est prioritaire, j’y consacre la majorité du temps que j’ai à disposition, tout en gardant en parallèle quelques autres projets moins gourmands en temps et en énergie. Mon « main focus » du moment est de retravailler le premier jet de mon roman et de terminer une seconde version à la fin de l’année. A côté de cela, je cultive mon jardin, je couds quelques robes et m’essaie à la couture de sacs. J’aime bien ce mélange, il me donne un espèce d’équilibre entre concentration, mouvements et rythmes. J’ai dû renoncer à l’idée de me coudre une garde-robe complète, projet trop complexe et chronophage et ai opté pour quelques pièces, surtout des robes. Je deviens sage, n’est-ce pas? Pourtant, je dois rester vigilante. Tenter de coudre un sac, par exemple, m’a tellement plu que mon esprit avait déjà envie d’en coudre davantage, de les mettre en vente, de dessiner des patrons et de créer une boutique en ligne. C’est ainsi que mon esprit fonctionne et ce n’est pas de tout repos. « Ok, Mireille, cool… chouette projet, mais revenons à ce manuscrit, tu veux bien? », voilà ce que je dois me dire encore et encore.
Alors, je vais tenter de persévérer. Si ça semble moins amusant a priori, je suis prête à parier que c’est par contre drôlement satisfaisant.

Ranger backbag

Backbag pattern by Noodlehead

 

Si un homme a droit à sa place au musée de ma vie, c’est mon mari…
Parce que ce n’est pas toujours très intéressant de vivre avec moi, je suppose. Entre mon introversion qui réclame beaucoup de temps en solitaire et mes projets chronophage, je ne suis pas l’épouse disponible qu’il aurait peut-être rêvé d’avoir, pleine d’idées pour occuper nos week-ends et les remplir d’activités passionnantes. Quoique. C’est plutôt moi qui aurait rêvé d’être une telle épouse. Je ne le suis pas autant que je le voudrais. Pour toutes ces raisons et tellement plus, mon mari a sa place ici. Il en est même la pièce maîtresse. Il est ma Joconde, mon Guernica, ma pierre de rosette et plus encore. Merci Ben d’être là dans ma vie.
Leçons de ma première année dans mon jardin :
  1. Ça demande du temps.
  2. Ça demande beaucoup de temps.
  3. Ça demande beaucoup de patience.
  4. Ça demande du travail.
  5. On se pose mille questions étranges, par ex. pourquoi les chenilles/insectes/ou je ne sais quelle bête ne rongent que les feuilles de MES fleurs? (et pas des mauvaises herbes)
  6. Il faut se préparer à l’échec : sur mes quelque soixante semis, seuls deux cosmos, trois amarantes, cinq pois de senteur. Trois de mes dix rhizomes de dahlias ont poussé. Par contre à peu près toutes mes semis de cerinthes ont pris. Donc, pas mal de frustrations à gérer.
  7. Quand on n’y croit plus, alors qu’on se résigne à ne pouvoir cueillir aucun bouquet de son lopin de terre stérile, alors qu’on pense ne pas avoir la main verte, le jardin soudain explose et vous surprend par sa générosité.
  8. Ça devient alors délicieux de veiller sur ses plantes et de les voir pousser. C’est bon. On se sent presque une reine en son royaume.
  9. Et alors que vous aviez planté des fleurs pour en faire des bouquets, vous découvrez que vous résistez à l’idée de les cueillir, que cet acte vous semble alors presque cruel, trop irrémédiable.
  10. Mais quand je tiens entre mes mains un bouquet de fleurs qui viennent de mon jardin, c’est comme un petit miracle et j’en danserais presque de bonheur. 

Alors malgré le temps, le travail, les déceptions, les questions, l’investissement, je pense : je vais bientôt commander des graines, planter quelques vivaces, peut-être construire une petite serre, nourrir la terre, laisser passer l’hiver et me réjouir du printemps à venir.

La partie immergée de l’iceberg

Je repense à cette image alors que je construis ce blog. Le cliché est vieux comme le monde, mais pourtant, il est tellement évocateur. J’y repense au moment où je réalise que, parfois, des personnes de la « vraie vie » viennent à découvrir cette part de moi ici, en ligne. Mon mari ne comprend pas toujours ce paradoxe : je suis parfois gênée quand des proches me parlent de ce qu’ils ont appris en me lisant. « Mais tu publies ça potentiellement à la terre entière »! Il a raison. Ce qu’il ne comprend pas, c’est que je n’ai pas honte de ce que je dis ici. Non, mais ici, c’est une part de moi qui vient très peu à la surface dans mon quotidien, une part que je ne suis pas habitué à partager. Pas que je ne le veuille pas, mais, simplement, il n’y a pas de place pour cela dans mes relations. Ou très peu. Je suis prête à parier que chacun vit cela : au quotidien, dans nos échanges, ce qui est important pour soi ne  transparaît pas ou presque pas.

Il y a quelque chose de désespérant quand on y pense. Tellement de frontières à passer avant d’arriver au coeur : les siennes, celles de l’autre, la peur du rejet. Mais oui, je voudrais savoir ce qui vous fait vibrer, ce qui fait battre votre coeur plus vite, ce qui vous fait lever le matin, connaître vos désirs, vos peurs, vos hontes, vos espoirs, vos doutes, vos forces et vos fragilités.Et moi, si je suis très en confiance, je me risquerais à vous les dire aussi.

Se sentir vulnérable

Mais il faudrait que je sois très très en confiance et que vous soyez très très bienveillant et très curieux (positivement curieux, intéressé). Parce que je vous jure que de dire : « Oh, moi, j’écris un roman« , ça rend très vulnérable. Je deviens tout rouge, je dis n’importe quoi, je ne sais plus ce que je fais et tout juste pourquoi j’écris un roman. Il y a une tempête dans mon cerveau. « Que va-t-il penser, non, mais pour qui tu te prends, as-tu même seulement quelque chose à dire, tu ferais mieux de faire autre chose, tu es pitoyable. Tu ne peux pas faire comme le monde, tu es obligée de te rendre intéressante, retourne dans ton trou ». Et, à un moment, vous ne savez plus si vous le pensez ou si vous entendez les autres le penser. Vous connaissez cette voix-là? Quand elle hurle dans ma tête, je n’ai plus rien envie de dire, je renonce : « Oh, un peu de couture et du jardin », rien qui ne me mette dans ce tourbillon-là. Rien de trop important. Important, mais pas trop. Raisonnable.

Pour partager

Et pourtant, reste ce désir du partage. Et voilà donc, ce site, ces billets, pour amener davantage à la surface cette part de moi qui au quotidien reste en grande partie immergée. Ces billets pour affirmer ma voix, partager, dire « c’est moi aussi, c’est moi surtout ». Et peut-être qu’un jour, j’accepterai mieux de me sentir vulnérable et qu’à force, je pourrai en parler ouvertement sans rougir comme une adolescente. J’aimerais beaucoup.

Alors que le monde tourne, que le temps avance, que quelqu’un meurt quelque part, qu’un enfant naît, qu’un rire éclat, qu’un couple se déchire, qu’un autre s’aime, qu’une voiture passe, que la vie défile partout tout le temps, pendant ce temps, sur mon balcon…

J’ai retrouvé l’écriture du Dr Studer entre les pages du dossier d’un patient aujourd’hui. Et puis, j’y ai reconnu la mienne aussi, juste une ligne, mais la mienne. J’avais 27 ans, j’étais enceinte. Tout cela n’est plus. Cet homme. Moi, jeune. Il était un patron exigeant. Pourtant, je pense que je n’ai jamais rencontré une si belle personne. J’ai appris de lui, ce que manifester de l’humanité signifie : regarder l’autre avec plus de curiosité que de jugement, ne pas oublier sa part sacré, reconnaître en l’autre une fraternité. D’avoir été regardée ainsi a changé ma vie. Cet homme est décédé il y a quelques années, pourtant ce regard continue de toucher encore et encore ma vie. La confiance est une bombe à retardement.
Alors, cet après-midi, j’ai bloqué mes émotions en retrouvant ces pages et cette magnifique calligraphie. J’ai eu peur du chagrin et de la nostalgie. Mais ce soir, dans le calme de mon bureau, je leur fais une petite place. Elles et Jean-Paul méritent une place au Panthéon de mon musée.

Parce qu’après six bouquets cueillis dans mon jardin, j’ai pensé : « je pourrais bien m’offrir cette cisaille de jardinier!  » Il me semble toujours que, d’une certaine façon, l’habit fait le moine. Cette cisaille devrait donc attester que je suis devenue une vraie jardinière. Je suis mignonne….

N’empêche : j’adore le petit clac de ma cisaille quand elle coupe une fleur. Ce petit bruit justifie à lui seul cet achat et sa place ici, au panthéon de mes objets.

Quand j’étais enfant, j’avais un paradis sur terre : la vieille maison de mes grands-parents et son grand jardin qui se finissait par un verger d’arbres fruitiers. Pour ses petits.enfants, ma grand-maman achetait de la limonade. C’était de la « Romanette », mais ma grand-maman disait la « Jeunesse ». Je n’ai jamais su pourquoi. En y pensant, je m’imagine qu’elle devait dire à son mari : « Achète de la limonade pour la jeunesse » en parlant de ses petits-enfants. Et le terme générique était devenu celui de la boisson pétillante sucrée.

Je l’adorais alors. Cinquante ans plus tard, je ai trouvée la « Jeunesse » un peu sucrée. J’ai dû vieillir entre-temps? Néanmoins, cette bouteille méritait bien une place dans mon musée.

Un billet comme une exploration. Parce que je ne sais pas encore tout à fait où vont ces pages ou comment les organiser. Je suis assez à l’aise avec l’idée de ne pas savoir, mais tout de même, je m’interroge.

Je voudrais des billets comme des perles sur un collier. Ce sera disparate. Oui, ce ne sera pas tout à fait régulier, mais j’espère que ça formera un tout cohérent au final. Je pense que c’est dans mon ADN créative. J’aime mélanger les choses improbables, mélanger les genres, poser de toutes petites choses insignifiantes à côté de vraies beautés et juger qu’au final que ce patchwork est équilibré, que tout trouve sa place.

Je voudrais des instantanés de ma vie. Je voudrais qu’il y ait ici un petit musée personnel de ce qui m’inspire, me touche, m’attire, me repousse parfois, me fait rêver. Je voudrais les retenir ici pour un instant. Les croquer. Y penser encore une fois avant que tout bascule dans l’oubli et que le temps continue sans elles. Oui, je voudrais leur faire cette petite place, leur accorder cette attention. En toute légèreté, en toute naïveté.

Je ne ferai pas de la publicité pour ma vie. Je ne chercherai pas à vous impressionner ni même à me prouver à quel point ma vie est géniale. Je ne vous la raconterai pas ou pas vraiment. Juste quelques bribes. J’aimerais glisser mes minuscules observations du quotidien, tout ce que nous ne relevons presque plus, parce que ça nous est si familier, Je voudrais ça. Je voudrais retenir cela. Parce que je crois profondément que là est ma vie. L’important, je veux dire. Ce qui compte. Ce qu’on dit pourtant si rarement. Vous a-t-on jamais demandés à quoi ressemblait le paradis de votre enfance?  Un jour, alors que j’étais arrivée au travail avec une queue-de-cheval, un homme m’a demandé : « Mireille, qu’est-ce qui fait qu’une femme décide de s’attacher les cheveux le matin? » C’est peut-être la question la plus belle qu’on m’ait posée. Alors, puisque plus personne ne me le demande, j’aimerais profiter de ce petit espace rien qu’à moi pour les dire.

Ce sera presque rien. Et aussi presque tout. Ce sera un peu moi. Et déjà plus tout à fait. Merci d’être là pour les lire.

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