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Dailies : my sketchbook

Les dailies…. Qu’est-ce que ç’est?

J’ai lu dernièrement le livre de Todd Henry : « Louder than words », qui parle de trouver sa voix. Je le trouve intéressant à plus d’un titre, mais un passage en particulier m’a interpelé, celui où il parle des dailies. On pourrait traduire le mot dailies par « les quotidiennes » en français, des activités que l’on fait tous les jours. Les moines ont ces traditions. Ils ont un ensemble de pratiques qu’ils font quotidiennement, qui comprennent : corvées, prières, méditations,… Peu importe si ils en ont envie, si ils sont fatigués, si ils ont d’autres choses à faire, si ils sont motivés, peu importe, ils pratiquent ces activités quotidiennes. Faire une chose chaque jour est le meilleur moyen pour progresser dans un domaine, parce que, on l’a entendu des milliers de fois, mais je pense que c’est vrai, la persistance dans une pratique est la clé.

Consistance

Il y a des activités dans lesquelles je me suis déjà engagée sur une base quotidienne : poster une image sur Instagram, m’engager dans les réseaux sociaux, mais j’étais hésitante à m’engager sur d’autres choses, parce que j’ai déjà si souvent le sentiment de manquer de temps pour travailler dans mon atelier. Je suis quelqu’un d’assez disciplinée et je pensais honnêtement que je travaillais de façon suffisamment concentrée et consistante pour ne pas avoir à m’engager dans d’autres dailies. Mais, après avoir lu ce livre, j’y ai repensé différemment.

J’ai pensé à trois aspects de mon travail que j’aimerais améliorer et sur lesquels j’aimerais travailler : le dessin dans mon sketchbook, le dessin digital et pratiquer mon anglais. Cela fait partie des activités qui sont indispensables, mais néanmoins non « urgentes ». J’ai tendance à les faire « quand j’ai fait tout ce que je devais faire »… donc très irrégulièrement et en tout cas pas sur une base consistante. J’ai eu envie de faire de la place pour ça, de m’organiser différemment et de donner une chance à cette pratique des « dailies ». J’ai donc choisi de consacrer une demi heure pour chacun des trois aspects que je viens d’énumérer. Je dessine une demi heure, puis je dessine digitalement et je finis par écrire en anglais. J’ai été très rapidement convaincue.

Je suis d’abord bluffée par la somme de travail qui peut être accomplie à coup de demi heure. Sur le moment, ça ne semble pas énorme, mais à la fin de la semaine, ça fait plusieurs heures de pratique. Mais aussi, je reconnais qu’en quelques semaines, j’ai le sentiment d’avoir fait beaucoup de progrès. J’ai pu le constater dans ma pratique « écrire en anglais ». Je voulais pratiquer dans l’idée de commencer mon blog version langue de Shakespeare. Très rapidement, j’ai eu le sentiment que ça devenait plus naturel. Je n’arrive pas à juger de la qualité de mes textes, mais au moins j’ai le sentiment de progresser, de prendre confiance et que « ça vient… ». Idem avec la peinture digitale. Je savais comment faire, mais la pratique rend le processus plus facile. Ainsi quand on dit que la consistance dans une pratique est la clé… c’est juste!

Les avantages d’une pratique quotidienne

Je peux encore ajouter qu’une pratique quotidienne aide à rester dans ce qu’on est en train de faire. J’ai déjà pu constater que si je dessine un jour, puis j’attends trois-quatre jours avant de reprendre mes feutres, je peine un peu à me remettre dans le processus. C’est probablement le grand avantage d’une pratique quotidienne, c’est de rester dans le mouvement, de suivre un chemin. D’un jour à l’autre, on sait où on se trouve, il n’y a pas besoin de le chercher. De plus, il n’y a pas autant d’attentes sur un dessin quotidien par rapport à, par exemple, un dessin par semaine. Si un jour le résultat n’est pas si bon, il peut l’être le lendemain. Ca aide, ça permet de relativiser un peu…

Mon objectif est de maintenir cette pratique au long de 2016 et je serais prête à parier qu’elle pourrait devenir la pièce maîtresse de mon travail. Elle évoluera certainement, les domaines à travailler risquent de changer, mais c’est ok. L’important dans le processus est de repérer ce qui a besoin d’être amélioré et d’y travailler régulièrement sur une période consistante. De même, je m’attache à ne pas être obsessionnelle de mes dailies. Je cherche à les respecter quotidiennement, mais ça n’est pas toujours possible et cela va aussi. C’est une direction et non une obligation. C’est important pour moi que ce système fonctionne pour moi et non contre moi.

 

Dailies : my sketchbook
Sketchbook

 

 

Mireille's Sketchbook

En ce moment, je suis dans une période « Helen Dardik ». Si vous ne connaissez pas cette artiste, visitez son site ici. Je suis attirée en ce moment par ses compositions, son style de dessin très particulier. Elle m’influence beaucoup en ce moment. J’aime la façon dont elle compose ses pages, l’équilibre, les pleins et les vides, son style de dessin très décoratif et créatif. J’aime son univers et son imagination.

Helen Dardik

Illustration et pages de sketchbook d’Helen Dardik

Durant les vacances de fin d’année, je me suis concentrée sur le dessin dans mon sketchbook et mes pages ont été largement inspirée par son travail. Même si elles sont complètement les miennes, je ne peux (ni ne veux) nier cette influence. Je sais que cela n’est pas toujours bien compris, mais ce n’est pas une mauvaise chose que d’être inspirée. C’est même un mythe que de penser que la création vient de nulle part. Nous apprenons des uns des autres, nous nous inspirons, nous copions pour progresser. C’est vrai pour tous les apprentissages, il n’y a pas de raison que cela soit différent dans la pratique de l’art. Picasso, lui-même, a dit : « Les bons artistes copient, les grands artistes volent! ». J’ai un peu de difficulté avec l’idée de vol, mais pas avec l’idée de copie. Je pense que copier est un bon endroit pour commencer. (lien article + widget en bas). A force de copier, on apprend comment l’artiste pense son oeuvre, comment il la compose, comment il résout les difficultés, quels thèmes sont abordés. Et ces enseignements sont infiniment précieux. On ne les apprend qu’ainsi. Bien sûr, la copie « copie parfaite » doit rester un exercice privé et ne doit en aucun cas être déclaré comme oeuvre personnelle, mais ça en reste un exercice très valable, peut-être même indispensable. Ensuite, la copie devient influence.

Mireille's sketchbook

Ainsi, je suis influencée par les oeuvres d’Helen Dardik. Cela m’a aidé à mettre des contours sur ce que je veux, ce que je cherche, ce que j’aime. Ca m’a donné un point de départ. Principalement en fait pour ce qui est de la liberté de composition. Parce que dessiner une chose, composer en est une autre. Comment faire tenir tout cela ensemble. Dardik m’a beaucoup appris, libérée d’une certaine façon. J’aime sa façon de convoquer son univers sur la page, sans soucis des proportions, en totale liberté. J’aime aussi l’équilibre de ses formes et de ses lignes, la balance entre les couleurs, le noir des traits et le blanc de la page. Alors, je l’ai copiée, puis l’ai laissée m’influencer. Elle n’est pas ma seule source d’inspiration, plusieurs autres artistes m’ont déjà accompagné et d’autres m’accompagneront encore. De chacun, j’apprends quelque chose qui me permet d’aller un peu plus loin et, doucement, mon propre style émerge, prend forme.

Mireille's sketchbook

A ce stade, j’arrive à dire que j’aime :

  • les formes solides – taches de couleurs
  • les lignes précises (même si j’aime aussi beaucoup les lignes hésitantes et tremblantes… ça n’est pas encore si clair pour moi)
  • le dessin très stylisé, presque graphique,
  • le dessin très simplifié, presque enfantin
  • le dessin de type doodling ou éléments de zentangle que j’aime amener en texture
  • dessiner aux feutres (Tombow brush-pen) et aux feutres noirs
  • les couleurs primaires, le noir et le blanc
  • quand je passe au dessin digital, mon outil de prédilection est la plume

Voilà. Tout cela ne fait pas un style, mais c’est un début qui signifie quelque chose pour moi. C’est rassurant et encourageant pour moi de prendre conscience de ma direction et de ce que j’aime. Tout cela prend du temps, demande beaucoup de travail, de discipline et de persévérance, mais cela vaut la peine et j’aime ça… travailler!

J’aimerais d’ailleurs vous parlez ici davantage de ce travail, de mon processus créatif et de mes inspirations… vous partager un peu de mon cheminement. Ca n’est pas si facile pour moi, dans le sens où c’est nouveau et inhabituel, mais je me réjouis de le faire et je vais apprendre à le faire. Ce que j’aimerais quelque part, c’est laissé ce blog évoluer vers un journal d’atelier, ou quelque chose comme ça. Merci d’être là et de me lire…

Belle semaine, Mireille

Pour aller plus loin : Austin Kleon, Voler comme un artiste

 

 

Forme en U de tout processus créatif

Forme en U

Chaque projet créatif a une évolution qui peut être comparée à une forme en U.  C’est en tout cas ce que disait un professeur à l’artiste Lisa Congdon qui le raconte dans son livre « Art Inc. ». Au départ d’un projet, on pense avoir une superbe idée, on en est (presque) convaincu. Alors on se lance, ce qui est très bien! Mais en cours de route, parfois même assez rapidement, ce projet passe de franchement super à carrément pas très bon, voir à « ça craint ». C’est loin d’être anormal, c’est même ce qui arrive la plupart du temps. Ce qu’il faut faire à ce stade, c’est continuer, traverser cette phase de moins bien, parce que, ensuite, la courbe du U remonte et le projet redevient plutôt intéressant et même satisfaisant.

Quand on commence de douter

Ce n’est pas parce qu’un projet n’est pas enthousiasmant et pleinement satisfaisant du début à la fin que c’est un projet qui craint et qu’il ne vaut pas la peine d’être creusé. Ce n’est pas parce que ça n’est pas facile qu’on n’est pas à la hauteur et qu’il faille trop rapidement abandonner. Parce qu’alors, on risque de passer à côté de choses vraiment bien. De façon générale, il semble que, face à quelque chose de nouveau, le cerveau humain a tendance à ne pas bien mesurer la difficulté de la chose, innocence qui lui permet de démarrer. Ce n’est qu’ensuite que l’on se rend compte que les choses ne sont pas toujours, pas souvent en tout cas, aussi simples qu’on l’avait pensé. Mais c’est pas parce que les choses ne sont pas faciles que « Je suis nulle, mon projet est nul, je ne suis pas à la hauteur, ce projet est trop grand pour moi, je crains » (vous voyez, je connais bien ce discours intérieur!). Non, c’est juste que ce projet représente probablement un challenge, qu’il est…intéressant, non!?
Quand on se trouve dans le creux du U et c’est donc là qu’il faut rassembler son courage, faire taire les peurs et les doutes et persévérer. D’ailleurs, soit dit en passant, j’étais souvent remarqué que les dessins que je  m’empressais de juger médiocres sur le moment, si je les regarde avec plus de recul quelques jours plus tard, je suis nettement moins critique et sévère. J’ai donc appris à ne pas trop rapidement les jeter à la poubelle. Donc, s’employer à ne pas juger trop vite.

Traverser et aller au delà du creux

Si je m’encourage à traverser ce creux du U, j’ai aussi appris à ne pas toujours vouloir passer en force. Je cherche à mettre un peu d’espace, prendre un peu de recul, lâcher prise en un sens. Le recul permet souvent de trouver de nouvelles solutions, de partir sur sur autre chose. Cela permet surtout les happy accidents (les accidents heureux) souvent décrits par les artistes. Les happy accidents, ces imprévus, ces involontaires ont beaucoup de charme et ouvrent vers de nouveaux territoires créatifs.
A force de passer par cette étape dans le processus créatif, on apprend à la reconnaître, à la vivre avec moins de peurs et d’anxiété, avec plus de bienveillance. Autrement dit, cela devient plus facile avec la pratique et le temps. On finit par se rendre compte que l’on peut faire évoluer les créations jugées »ratées », qu’au final elles peuvent donner un résultat très original et personnel.

Bienveillance

Ceci dit, j’ai souvent le sentiment que la créativité est, en un sens, un travail sur soi, un travail de bienveillance vis-à-vis de ce soi. Créer, c’est sortir souvent de sa zone de confort, se confronter à son esprit critique interne, à ses doutes et nos tendances à se saboter. Pour continuer, persévérer, il faut donc de la discipline, apprendre à dépasser ses peurs qui peuvent être paralysantes, mais aussi beaucoup de bienveillance envers soi et de confiance. Cette évolution en U du processus créatif est donc très courant (la norme, je dirais), mais ce passage est aussi la grosse source de blocage. Mais, apprivoisé, il peut devenir une bonne pratique de petit dépassement de soi au quotidien. Et si cela ne suffisait pas, il est toujours bon de se rappeler que les peurs qui peuvent nous paralyser devant notre feuille blanche ou ratées, elles ne sont, avec un peu de recul, très sérieuses : on ne risque pas sa vie, non? Seul notre ego pourrait être un peu blessé dans l’aventure… rien de très grave, si?
Alors, ne nous décourageons pas trop vite et faisons confiance au processus! Trust the process!
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