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Focus et jalousie

Il y a un concept qui m’attire, c’est celui de focus. C’est un terme anglais qui se traduit par « concentration », mais je trouve qu’il possède en lui-même quelque chose de plus. C’est une façon non seulement de se concentrer, mais de choisir de porter son attention et son énergie, de faire converger, d’amener au centre.
En parcourant des blogs et les flux sur Instagram en particulier, je me surprends souvent à jalouser les sites « de niche ». Je voudrais moi aussi être capable de faire une chose parfaitement, de maîtriser un domaine, de poursuivre une quête, de construire ma cathédrale. Me spécialiser. Faire une seule chose, mais la faire à la perfection. Peut-être que la jalousie me montre un chemin. Probablement. Je voudrais choisir, m’engager, me consacrer à un domaine, tout en y parvenant jamais. Oui, je choisis, mais plus ou moins rapidement, à un moment, j’aurai envie d’essayer autre chose. Je serai curieuse de m’intéresser à un autre domaine, de le découvrir. C’est puissant la curiosité, c’est une force que je dois apprendre à canaliser. Parce que je suis aussi consciente que je suis souvent curieuse à un moment où le domaine dans lequel je me suis investi me pose un challenge. Je rencontre un obstacle et je choisis plutôt que d’y faire face, de le contourner.  Il y a des moments où cette réaction est saine, où l’obsession ne mène à rien, où faire un pas de côté permet de découvrir de nouvelles perspectives. Mais il y a aussi des moments où la persévérance est le chemin, où je dois franchir un cap. J’aime les débuts, j’aime découvrir, j’aime rechercher, je peine à persévérer. Et je sais que c’est que je dois travailler à présent. C’est ce que me raconte ma jalousie.

Main Focus

L’approche que je tente en ce moment est celle du « main focus » : je choisis un domaine qui est prioritaire, j’y consacre la majorité du temps que j’ai à disposition, tout en gardant en parallèle quelques autres projets moins gourmands en temps et en énergie. Mon « main focus » du moment est de retravailler le premier jet de mon roman et de terminer une seconde version à la fin de l’année. A côté de cela, je cultive mon jardin, je couds quelques robes et m’essaie à la couture de sacs. J’aime bien ce mélange, il me donne un espèce d’équilibre entre concentration, mouvements et rythmes. J’ai dû renoncer à l’idée de me coudre une garde-robe complète, projet trop complexe et chronophage et ai opté pour quelques pièces, surtout des robes. Je deviens sage, n’est-ce pas? Pourtant, je dois rester vigilante. Tenter de coudre un sac, par exemple, m’a tellement plu que mon esprit avait déjà envie d’en coudre davantage, de les mettre en vente, de dessiner des patrons et de créer une boutique en ligne. C’est ainsi que mon esprit fonctionne et ce n’est pas de tout repos. « Ok, Mireille, cool… chouette projet, mais revenons à ce manuscrit, tu veux bien? », voilà ce que je dois me dire encore et encore.
Alors, je vais tenter de persévérer. Si ça semble moins amusant a priori, je suis prête à parier que c’est par contre drôlement satisfaisant.

Ranger backbag

Backbag pattern by Noodlehead

 

Leçons de ma première année dans mon jardin :
  1. Ça demande du temps.
  2. Ça demande beaucoup de temps.
  3. Ça demande beaucoup de patience.
  4. Ça demande du travail.
  5. On se pose mille questions étranges, par ex. pourquoi les chenilles/insectes/ou je ne sais quelle bête ne rongent que les feuilles de MES fleurs? (et pas des mauvaises herbes)
  6. Il faut se préparer à l’échec : sur mes quelque soixante semis, seuls deux cosmos, trois amarantes, cinq pois de senteur. Trois de mes dix rhizomes de dahlias ont poussé. Par contre à peu près toutes mes semis de cerinthes ont pris. Donc, pas mal de frustrations à gérer.
  7. Quand on n’y croit plus, alors qu’on se résigne à ne pouvoir cueillir aucun bouquet de son lopin de terre stérile, alors qu’on pense ne pas avoir la main verte, le jardin soudain explose et vous surprend par sa générosité.
  8. Ça devient alors délicieux de veiller sur ses plantes et de les voir pousser. C’est bon. On se sent presque une reine en son royaume.
  9. Et alors que vous aviez planté des fleurs pour en faire des bouquets, vous découvrez que vous résistez à l’idée de les cueillir, que cet acte vous semble alors presque cruel, trop irrémédiable.
  10. Mais quand je tiens entre mes mains un bouquet de fleurs qui viennent de mon jardin, c’est comme un petit miracle et j’en danserais presque de bonheur. 

Alors malgré le temps, le travail, les déceptions, les questions, l’investissement, je pense : je vais bientôt commander des graines, planter quelques vivaces, peut-être construire une petite serre, nourrir la terre, laisser passer l’hiver et me réjouir du printemps à venir.

Parce qu’après six bouquets cueillis dans mon jardin, j’ai pensé : « je pourrais bien m’offrir cette cisaille de jardinier!  » Il me semble toujours que, d’une certaine façon, l’habit fait le moine. Cette cisaille devrait donc attester que je suis devenue une vraie jardinière. Je suis mignonne….

N’empêche : j’adore le petit clac de ma cisaille quand elle coupe une fleur. Ce petit bruit justifie à lui seul cet achat et sa place ici, au panthéon de mes objets.

Vous l’aurez sans doute remarqué,  j’ai complètement repensé ce site. Il était laissé à l’abandon depuis quelques mois, parce qu’il ne me correspondait plus vraiment en réalité. Depuis une année, j’ai progressivement délaissé l’illustration au profit de l’écriture. J’ai écrit un petit manuel sur comment tenir un carnet et, comme ça arrive souvent, à peine avais-je fini de l’écrire, j’ai abandonné l’idée d’en tenir un. J’avais pris goût à l’écriture. Et bien sûr, parce que je ne sais pas faire autrement, j’ai lu beaucoup de livres sur comment en écrire un. Tellement que j’ai eu envie d’en tenter l’expérience. Je m’en suis d’abord défendue et puis, j’ai cédé.

Dire que l’on écrit…

Écrire et dire que l’on écrit n’est pas quelque chose de très aisé. Mes illustrations sont plus faciles à partager. Tout au plus n’aimera-t-on pas mon style, mais quand vous dites « J’écris », on a le sentiment que l’autre vous regarde d’un drôle d’air et on jurerait de presque entendre ce qu’il pense : « Tu te prends pour qui? Tu es qui pour écrire », sous-entendu qu’écrire est une chose sérieuse, qu’il faut avoir des choses à dire et qu’il faut le dire de façon intelligente et donc qu’on n’est pas convaincu que je le sois suffisamment. On sait que l’autre pense cela, parce qu’on l’a soi-même pensé longtemps et qu’on continue même à se le dire régulièrement.

Et pourtant, j’écris. J’écris, comme je dessine, depuis toujours. Plus ou moins intensément, mais j’ai toujours aimé ça. Et puis lire, bien sûr. La seule différence, c’est qu’à présent, je le fais avec plus de consistance, de dédicace et de discipline. Ça veut donc dire que tous les jours, j’écris. Pas toujours comme je le voudrais, pas toujours de façon très inspirée, sans en avoir toujours envie, mais je me mets à mon bureau, je me prépare une tasse de café et j’écris.

Les pages du matin

J’ai commencé par l’approche des pages du matin de Julia Cameron. C’est une approche du « Je dois écrire trois pages, peu importe que ce soit pour dire que j’ai mal dormi ou mûrir mon grand projet dans l’existence, peu importe si c’est magnifique ou de la daube. Le truc, c’est juste d’écrire trois pages. Point ». Dans l’absolu, il faudrait le faire avant tout autre chose dans la journée. Cette méthode libère. J’ai découvert qu’en réalité, j’ai toujours quelque chose à raconter ou à dire. Il suffit que je laisse les mots venir sur la page. C’est comme ouvrir le robinet d’eau : on le tourne et on a l’assurance d’avoir de l’eau qui coule. Ce n’est pas si étonnant quand on y pense : on se plaint si souvent de penser sans cesse, d’être si peu capable d’interrompre le flux incessant de ses pensées. Les laisser se déverser sur la page permet de les mettre à distance, de faire un peu d’ordre, ce qui constitue une forme d’hygiène dont j’aurais à présent du mal à me passer.

Et se décider à écrire un roman

Et puis, à un moment, on a souvent envie d’écrire une histoire. Nous sommes câblés ainsi, pour les histoires. Et j’ai ainsi commencé d’imaginer la mienne, mon roman, petit à petit. J’en parlerai ici, mais pour aujourd’hui, je voulais juste vous partager et vous expliquer ce virage. J’y ai résisté longtemps. Je préférais le faire discrètement, sans publicité. J’avais même imaginé qu’un jour je dirais, au hasard d’une conversation « Tiens, au fait, j’ai écrit un roman ». Il y a aussi ce conseil que tous les sites sur le sujet vous donnent : un site doit être cohérent, cohésif. Le focus est roi, il ne faut pas se disperser, au risque de rendre le lecteur perplexe et de le perdre. Je pensais donc laisser ce site ainsi, l’alimenter les fois où je reviens à l’illustration, le laisser donc mourir un peu. Et puis, tout cela a mûri en moi, en partie parce que j’aime cet espace. J’aime l’idée de cet endroit pour m’exprimer et raconter mon monde. J’ai fini par envisager qu’il puisse être, comme moi, vivant donc évoluant et changeant. Et puis, j’ai aussi pris conscience que j’avais envie de partager ce que je fais. On a si peu l’occasion de le faire « dans la vraie vie », j’aimerais le faire ici, je vais investir ce lieu qui est le mien sur la grande toile.

Voilà donc pour ce virage. Ayant envie de davantage partager mes textes, je renonce provisoirement à la traduction en anglais. Mais mes nouveaux lecteurs découvriront dans quelques billets du texte en anglais. Ils concernent tous mes illustrations qui étaient à l’origine destinées à un portfolio qui se voulait le plus international possible pour toucher un plus grand public. Je ne sais pas encore tout à fait comme je vais faire tenir tout ça ensemble, mais je suis décidée à tenter ma chance et d’explorer. Ce sera peut-être un peu chaotique à certains moments, comme l’est la vie finalement. Je le ferai le plus honnêtement possible, maladroitement donc parfois, mais ça fait aussi partie du processus.

Voici un billet un peu différent! Ce début d’année, il semble que mes passions créatives me distraient de l’illustration. Pas totalement, mais un peu, oui. Et comme toujours, ces évolutions se font très organiquement, presque par surprise.  En fin d’année passée, après une séance de shopping particulièrement déprimante, j’ai eu une idée un peu folle: et si je me cousais ma garde-robe? Voilà ma réaction face à un prêt à porter qui ne convient pas aux quelques kilos pris ces derniers mois.
Pour ceux qui me connaissent depuis suffisamment longtemps, j’ai déjà cousu beaucoup à une période de ma vie, avant de me lancer dans l’illustration. Je créais des t-shirts originaux que je vendais sur ma boutique Etsy ou dans des boutiques de ma région. Sans beaucoup coudre pour moi, j’ai malgré tout un petit bagage qui a probablement permis à cette idée de germer dans mon esprit.
Ce projet a donc fait son chemin en moi, mais je réalise qu’il me demande plus de temps et d’attention que je m’étais imaginé. Ce qui fait que je  suis moins productive dans mes collages et mes autres illustrations. J’ai d’abord un peu résisté, tenté de mener tout de front, mais je suis arrivée à la conclusion que je voulais mettre la priorité sur ce projet de couture, que ça fait partie d’un processus plus large d’acceptation de moi, une façon de prendre soin de moi. Se sentir bien dans des habits qu’on aime est une jolie façon de le faire. De plus, la période du jardinage commence bientôt et j’ai le projet de planter toute une parcelle de fleurs à couper. Ma pratique du dessin et du collage sera donc moins intensive ces prochaines semaines, mais je sais que j’y reviendrai. J’ai déjà souvent observé ce flux de mes passions qui vont et viennent, mais jamais ni très loin, ni très longtemps. Elles sont à l’image de la vie, toujours changeante et en mouvement. Et c’est bien ainsi. C’est aussi ce qui les rend belles et uniques, parce que vivantes. Je prévois de vous partager ici un peu de ce projet et pourquoi pas quelques trucs et astuces que j’aurai glanés, parce que j’adore ça: partager avec vous.
Une autre de mes passions qui celle-ci est très constante, est de documenter ma vie. J’aime cette façon de suivre les choses qui sont importantes pour moi, sous forme de photos ou de textes. C’est quelque chose qui est devenu très naturel, presque une seconde nature avec le temps. Et j’aime ce petit espace sur la toile pour partager un peu de ce j’aime et qu’on a si peu l’occasion de partager dans la vraie vie.
Me suivrez -vous? Je voudrai bien en tout cas!
A bientôt, Mireille
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