Elle s’appelait Emilie.
Emilie avait une cicatrice sous le menton.
Emilie parlait peu. Elle répondait en laissant un petit silence entre la question et la réponse. Elle disait assez souvent « du coup… » au début d’une phrase.
Emilie était discrète.
Emilie était tout en longueur, très fine. Elle portait des jupes très courtes qui mettaient en valeur ses longues jambes et soulignaient sa jeunesse.
Elle avait de longs cheveux qui bouclaient aux pointes. Elle portait souvent les ongles longs et se les peignait parfois. Quand je la voyais, son vernis était le plus souvent écaillé. Il n’en restait que quelques lambeaux. Je pensais : à vingt ans, on peut tout se permettre.
Emilie aimait la photographie.
Emilie m’avait envoyé un message à mes cinquante ans. Je l’avais remerciée de penser à sa vieille tante. Elle m’avait répondu : « Mais non tu n’es pas vieille ! Tu es encore pleine de vie ». Et ça avait été mon message préféré parmi tout ceux reçus ce jour-là.
La dernière fois que je l’ai vue, Emilie portait une longue robe avec des imprimés végétaux et des tennis blanches aux pieds. Je l’ai vu se regarder dans le miroir, y guetter ce qu’elle craignait d’y voir. Elle m’a semblé ne plus être qu’une plume, légère. Ses yeux clairs désemparés.
Nous sommes sortis du restaurant pour fumer. C’est la première fois que je voyais Emilie avec une cigarette, mais c’est elle qui m’a dit : « Je ne t’ai jamais vue fumer, tata ».
Au moment de partir, j’aurais aimé la serrer dans mes bras, mais nous ne savions pas ces gestes-là entre nous.
Quelques jours plus tard, au téléphone, Emilie m’a dit un peu de sa détresse. Elle était brave, elle voulait affronter, elle avait peur de ne pas y arriver. Je lui ai dit que c’était ce qu’elle faisait, elle affrontait. Nous rêvons de batailles glorieuses, elles sont le plus souvent chaotiques, elles font ce qu’elles peuvent. Nous ne faisons que ça : ce que nous pouvons.
Emilie était ma nièce. Elle était belle. Elle en doutait, mais elle était très belle. Elle avait vingt et un ans. Nous l’enterrons aujourd’hui.
Pour toujours, puissions-nous lui laisser une place dans nos vies.

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