Frustrations

J’écris ce billet parce que je viens juste de prendre conscience de plusieurs choses et j’ai envie de les noter quelque part, espérer que d’une certaine façon, ça m’aide à m’en rappeler.
Je viens, juste là, de finir de préparer un dessert pour une fête de famille demain. Ce qui n’était à l’origine qu’un petit challenge (est-ce que je vais arriver à réaliser une recette que je n’ai jamais tenter), s’est terminé en crise personnelle aiguë durant laquelle des pensées telles que : tu es nulle, tu n’arrives jamais à rien, tu vieillis, tu es comme ta maman, tu ne sais plus cuisiner, tu es une égoïste qui ne se donne même pas de peine pour ta famille, tu t’énerves, tu ne devrais pas t’énerver, tu aurais dû être plus attentive, ton dessert est nul, tu es nulle, ta vie est nulle.
Oui, tout cela parce que je ne suis pas très convaincue, comme ça , a priori, de mon dessert.

Radio-critique

Mais en réalité, cela fait quelques jours que je suis devenue plus sensible à la frustration, que je réagis fort à la moindre contrariétés, que je le prends comme un signe de ma défaillance personnelle. Si j’écoute ces pensées comme toute à l’heure, je comprends un peu mieux pourquoi je me mets dans un état de stress insensé. C’est incroyablement violent. C’est donc cela : un crise d’ego, un de ces moments où mon mental est hyperactif et où radio-critique envoie du lourd.
Et ce n’est en rien étonnant que cela soit maintenant : oui, j’ai un mental actif et très jugeant envers moi-même, mais oui aussi, je vis une période de challenge durant laquelle je dois apprendre beaucoup de choses. Et ce n’est pas facile. C’est même carrément compliqué. Pour l’ego, tout devrait couler de source : on devrait savoir! On devrait gérer. On n’a pas de limite. On devrait être capable de tout en un claquement de doigt. Voilà ce qui rend les apprentissages compliqués : il s’agit de reconnaître ses limites, il s’agit de les repousser, de faire face à un ego tout-puissant hyperactif qui ne va pas vous épargner. Il ne m’épargne pas. Il est dur, il est tyrannique, il est maltraitant. Il me fait me sentir insuffisante et nulle et misérable, alors même que je suis en train d’apprendre, que je fais ce qu’il y a de plus beau et de plus noble dans la vie humaine : progresser, apprendre, suivre ses curiosités, apporter quelque chose au monde.

Sortir de sa zone de confort

J’oublie à chaque fois que je repousse ma zone de confort qu’il y aura des frustrations. Je ne me prépare pas au chaos et quand ça arrive (ça arrive toujours, à un moment, plus au moins tôt dans le processus), je suis démunie. Parce que je ne suis pas préparée aux difficultés à gérer,ou plutôt, je ne suis pas prête à gérer les délais, parce que je veux les gratifications immédiates, parce que je veux des coches sur ma todo liste, parce que je suis une addict du résultat et que je tolère mal le flou, de ne pas savoir. Je veux faire tout et vite, je veux brûler les étapes, je veux d’ailleurs ignorer qu’il y a des étapes et que j’ai besoin de temps. Je veux ignorer mes limites.

Tentatives de stratégies

J’ai développé des stratégies avec les années. Je ne jure que par l’organisation et j’essaie de célébrer les étapes et les accomplissements. Ca marche la plupart du temps, mais il y a des moments où aucun système ne fonctionne. Ce sont ces moments où il faut juste avancer, se débrouiller pour progresser malgré les difficultés et les courbes d’apprentissage qui pourraient nous faire reculer. Essayer d’offrir le moins de résistance, avancer malgré tout. Le chaos comme tout dans l’existence finit par passer. Reconnaître qu’on est là, prendre soin de soi, respirer, se donner du temps et de l’espace.
Dans ces moments-là, au lieu de m’obstiner, j’aimerais essayer plutôt de :
  • M’arrêter
  • Prendre le temps de voir ce qui pose problème
  • Formuler la question
  • Faire de l’espace autour de tout cela
  • Réfléchir calmement à la question
  • Tenter de me poser des questions qui aident, du genre : qu’as-tu besoin d’apprendre, de quoi as-tu besoin pour cet apprentissage, où peux-tu trouver les réponses, de quel espace-temps as-tu besoin, est-ce réalisable maintenant ou dois-tu apprendre d’autres choses avant? Comment peux-tu faire ce pas en arrière et négocier cette étape? (et non « tu devrais savoir, tu n’y arriveras jamais… »)
J’oublie qu’il faut se préparer aux erreurs, aux chaos de tout projet créatif… et puis, je me souviens. Il en va ainsi d’à peu près tout dans l’existence : on y pense, puis on oublie et on y pense à nouveau. On y pense peut-être juste un peu plus vite? Je croise les doigts…

Related Post

Author

Pin It