La forme en U des projets créatifs

Forme en U de tout processus créatif

Forme en U

Chaque projet créatif a une évolution qui peut être comparée à une forme en U.  C’est en tout cas ce que disait un professeur à l’artiste Lisa Congdon qui le raconte dans son livre “Art Inc.”. Au départ d’un projet, on pense avoir une superbe idée, on en est (presque) convaincu. Alors on se lance, ce qui est très bien! Mais en cours de route, parfois même assez rapidement, ce projet passe de franchement super à carrément pas très bon, voir à “ça craint”. C’est loin d’être anormal, c’est même ce qui arrive la plupart du temps. Ce qu’il faut faire à ce stade, c’est continuer, traverser cette phase de moins bien, parce que, ensuite, la courbe du U remonte et le projet redevient plutôt intéressant et même satisfaisant.

Quand on commence de douter

Ce n’est pas parce qu’un projet n’est pas enthousiasmant et pleinement satisfaisant du début à la fin que c’est un projet qui craint et qu’il ne vaut pas la peine d’être creusé. Ce n’est pas parce que ça n’est pas facile qu’on n’est pas à la hauteur et qu’il faille trop rapidement abandonner. Parce qu’alors, on risque de passer à côté de choses vraiment bien. De façon générale, il semble que, face à quelque chose de nouveau, le cerveau humain a tendance à ne pas bien mesurer la difficulté de la chose, innocence qui lui permet de démarrer. Ce n’est qu’ensuite que l’on se rend compte que les choses ne sont pas toujours, pas souvent en tout cas, aussi simples qu’on l’avait pensé. Mais c’est pas parce que les choses ne sont pas faciles que “Je suis nulle, mon projet est nul, je ne suis pas à la hauteur, ce projet est trop grand pour moi, je crains” (vous voyez, je connais bien ce discours intérieur!). Non, c’est juste que ce projet représente probablement un challenge, qu’il est…intéressant, non!?
Quand on se trouve dans le creux du U et c’est donc là qu’il faut rassembler son courage, faire taire les peurs et les doutes et persévérer. D’ailleurs, soit dit en passant, j’étais souvent remarqué que les dessins que je  m’empressais de juger médiocres sur le moment, si je les regarde avec plus de recul quelques jours plus tard, je suis nettement moins critique et sévère. J’ai donc appris à ne pas trop rapidement les jeter à la poubelle. Donc, s’employer à ne pas juger trop vite.

Traverser et aller au delà du creux

Si je m’encourage à traverser ce creux du U, j’ai aussi appris à ne pas toujours vouloir passer en force. Je cherche à mettre un peu d’espace, prendre un peu de recul, lâcher prise en un sens. Le recul permet souvent de trouver de nouvelles solutions, de partir sur sur autre chose. Cela permet surtout les happy accidents (les accidents heureux) souvent décrits par les artistes. Les happy accidents, ces imprévus, ces involontaires ont beaucoup de charme et ouvrent vers de nouveaux territoires créatifs.
A force de passer par cette étape dans le processus créatif, on apprend à la reconnaître, à la vivre avec moins de peurs et d’anxiété, avec plus de bienveillance. Autrement dit, cela devient plus facile avec la pratique et le temps. On finit par se rendre compte que l’on peut faire évoluer les créations jugées”ratées”, qu’au final elles peuvent donner un résultat très original et personnel.

Bienveillance

Ceci dit, j’ai souvent le sentiment que la créativité est, en un sens, un travail sur soi, un travail de bienveillance vis-à-vis de ce soi. Créer, c’est sortir souvent de sa zone de confort, se confronter à son esprit critique interne, à ses doutes et nos tendances à se saboter. Pour continuer, persévérer, il faut donc de la discipline, apprendre à dépasser ses peurs qui peuvent être paralysantes, mais aussi beaucoup de bienveillance envers soi et de confiance. Cette évolution en U du processus créatif est donc très courant (la norme, je dirais), mais ce passage est aussi la grosse source de blocage. Mais, apprivoisé, il peut devenir une bonne pratique de petit dépassement de soi au quotidien. Et si cela ne suffisait pas, il est toujours bon de se rappeler que les peurs qui peuvent nous paralyser devant notre feuille blanche ou ratées, elles ne sont, avec un peu de recul, très sérieuses : on ne risque pas sa vie, non? Seul notre ego pourrait être un peu blessé dans l’aventure… rien de très grave, si?
Alors, ne nous décourageons pas trop vite et faisons confiance au processus! Trust the process!

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