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Réécriture

Depuis la rentrée, je travaille à la réécriture de mon roman. J’ai terminé une première version, un premier jet avant de partir en Angleterre. Une première version est cela, juste une première version. Je l’ai écrit en essayant de tenir l’esprit critique à distance. Il s’agit donc d’une version brute, avec du bon, du moins bon et du mauvais. L’important est d’exister, d’être une base sur laquelle travailler.

J’ai trouvé le passage entre première et seconde versions délicat. Je n’ai aucun métier. Je ne sais souvent pas exactement ce que je fais et encore moins à quoi j’en suis. J’avais conscience d’avoir une base, mais sans plus. Paradoxalement, je découvre que c’est souvent difficile de prendre conscience qu’on a passé un cap. J’ai tendance à dénigrer mon travail. C’est presque plus facile pour moi de vivre avec le sentiment de « ne pas y arriver ». Je l’ai vécu avec le projet de ma garde-robe maison cet été. À un moment, j’ai compris que, oui bien sûr, j’aurais pu encore coudre une robe, un autre pantacourt, mais dans le fond, j’avais ce qu’il fallait. C’était assez. J’y suis arrivée. Ce phénomène s’explique peut-être en partie par ce fameux FOMo, Fear Of Missing Out (= peur de manquer).

Ma ligne d’arrivée

J’ai donc besoin de mettre des balises, de poser de claires lignes d’arrivées. Au moins pour m’assurer que quand je les franchirai, je saurai que je les ai franchies. La mienne, actuellement, est : fin décembre, j’ai terminé ma seconde version. Je n’ai aucune idée si j’y arriverai, mais j’avance. Un pas après l’autre. Parce qu’il n’y a aucune autre façon d’avancer. Pour l’instant donc, je relis. Je pose des questions. Je me dis : comment pourrais-je amener des mystères? Comment développer l’intrigue, en ajouter d’autres, secondaires? Comment épaissir cette histoire, donner plus de chairs aux personnages? Je remplis des petites fiches qui me permettront, j’espère, de pouvoir jouer avec la structure d’une façon plus « physique », d’essayer plusieurs versions.

Ce n’est pas facile de prendre le temps de s’arrêter, de voir ce qu’il y a à faire et de penser calmement à la prochaine étape. C’est plus facile de se dire : «  Je suis nulle, je n’y arriverai jamais, comment ai-je pu imaginer faire une chose pareille, je n’ai pas les compétences, si seulement je… ». Ça, c’est assez facile. Dire : « Ok, j’ai cette histoire, j’ai ce premier jet. Comment je peux l’agencer, jouer avec ces scènes, les développer? », c’est plus de travail. C’est compliqué, ce n’est pas linéaire, c’est plein d’essais, d’erreurs et d’itérations.

L’écriture, un processus lent

La vérité est que l’écriture est un processus lent. La lenteur ne plaît pas à mon esprit critique. Celui-ci veut du résultat. Il veut avancer. Il veut cocher des listes. L’écriture ne lui plaît pas : on ne sait pas si ce qu’on fait est bien (ce n’est jamais assez bien d’ailleurs), il n’y a pas de clairs repères et on ne peut compter sur aucun résultat sûr. Et c’est surtout beaucoup trop lent. Il faut des mois, des années pour écrire une simple histoire. C’est insensé. Insensé pour mon esprit critique en tout cas. Ainsi donc, si prendre son temps semble être la subversion absolue dans un monde de vitesse, je suis subversive. Je me donne le temps d’écrire, de penser, d’élaborer un récit, d’apprendre, de me tromper, de recommencer. À cinquante ans, c’est le moment ou jamais d’oser la subversion, non?

 

J’ai un rapport au temps compliqué. J’en manque toujours et celui que je grappille, je le remplis de choses à faire. Je sens bien que je devrais m’arrêter davantage. Je sais que j’aime infiniment ça : m’arrêter et observer la vie, le monde, mes pensées, les autres. Et pourtant je ne prends pas le temps je ne me donne pas ce temps. Ou quand je me l’autorise, les assauts de culpabilité sont tels que je préfère faire quelque chose que de rester la cible de cette déferlante de critiques.

N’empêche. Je sais que j’ai besoin de m’arrêter, de lever ma tête de mes listes de choses à faire et de regarder le monde, perdre mon temps, ne pas avoir d’agenda ni d’objectifs à atteindre.

Je me suis imaginé un programme fait de très petits pas, l’expérience m’ayant montrée que les grandes manœuvres, dans ce domaine, n’apportaient qu’anxiétés et résistances inutiles. Petits pas donc : cinq minutes par jour. Où la seule chose admissible est de tenir une tasse de café entre mes mains. Cinq minutes pour regarder, écouter, découvrir, s’étonner, voir et observer. Cinq minutes, ça semble réalisable.

Ce soir, je suis sortie dans le jardin et j’ai observé que :

  • On y trouve des pommes (immangeables, mais décoratives)
  • La glycine produit de drôles de fruits allongés et velus
  • Le tilleul commence à jaunir
  • L’écorce du cèdre ressemble à des écailles carrées, ses branches sortent du tronc, toutes maigres. Il y a là quelque chose de disproportionné.
  • Les oiseaux commencent à se rassembler dans le grand arbre de la maison voisine. Leur piaillement me rappelle que c’est la fin de l’été et mon cœur se serre un peu.
  • Il faudra penser à balayer l’allée, les feuilles commencent à tomber.
  • Les pruneaux ont peu donné cette année.
  • Cinq minutes, ça passe vite. Il y a tant à voir et tant de curiosités à suivre.

Je crois que je retournerai au jardin demain… Pour faire mon petit pas et mes observations minuscules…

Leçons de ma première année dans mon jardin :
  1. Ça demande du temps.
  2. Ça demande beaucoup de temps.
  3. Ça demande beaucoup de patience.
  4. Ça demande du travail.
  5. On se pose mille questions étranges, par ex. pourquoi les chenilles/insectes/ou je ne sais quelle bête ne rongent que les feuilles de MES fleurs? (et pas des mauvaises herbes)
  6. Il faut se préparer à l’échec : sur mes quelque soixante semis, seuls deux cosmos, trois amarantes, cinq pois de senteur. Trois de mes dix rhizomes de dahlias ont poussé. Par contre à peu près toutes mes semis de cerinthes ont pris. Donc, pas mal de frustrations à gérer.
  7. Quand on n’y croit plus, alors qu’on se résigne à ne pouvoir cueillir aucun bouquet de son lopin de terre stérile, alors qu’on pense ne pas avoir la main verte, le jardin soudain explose et vous surprend par sa générosité.
  8. Ça devient alors délicieux de veiller sur ses plantes et de les voir pousser. C’est bon. On se sent presque une reine en son royaume.
  9. Et alors que vous aviez planté des fleurs pour en faire des bouquets, vous découvrez que vous résistez à l’idée de les cueillir, que cet acte vous semble alors presque cruel, trop irrémédiable.
  10. Mais quand je tiens entre mes mains un bouquet de fleurs qui viennent de mon jardin, c’est comme un petit miracle et j’en danserais presque de bonheur. 

Alors malgré le temps, le travail, les déceptions, les questions, l’investissement, je pense : je vais bientôt commander des graines, planter quelques vivaces, peut-être construire une petite serre, nourrir la terre, laisser passer l’hiver et me réjouir du printemps à venir.

Vous l’aurez sans doute remarqué,  j’ai complètement repensé ce site. Il était laissé à l’abandon depuis quelques mois, parce qu’il ne me correspondait plus vraiment en réalité. Depuis une année, j’ai progressivement délaissé l’illustration au profit de l’écriture. J’ai écrit un petit manuel sur comment tenir un carnet et, comme ça arrive souvent, à peine avais-je fini de l’écrire, j’ai abandonné l’idée d’en tenir un. J’avais pris goût à l’écriture. Et bien sûr, parce que je ne sais pas faire autrement, j’ai lu beaucoup de livres sur comment en écrire un. Tellement que j’ai eu envie d’en tenter l’expérience. Je m’en suis d’abord défendue et puis, j’ai cédé.

Dire que l’on écrit…

Écrire et dire que l’on écrit n’est pas quelque chose de très aisé. Mes illustrations sont plus faciles à partager. Tout au plus n’aimera-t-on pas mon style, mais quand vous dites « J’écris », on a le sentiment que l’autre vous regarde d’un drôle d’air et on jurerait de presque entendre ce qu’il pense : « Tu te prends pour qui? Tu es qui pour écrire », sous-entendu qu’écrire est une chose sérieuse, qu’il faut avoir des choses à dire et qu’il faut le dire de façon intelligente et donc qu’on n’est pas convaincu que je le sois suffisamment. On sait que l’autre pense cela, parce qu’on l’a soi-même pensé longtemps et qu’on continue même à se le dire régulièrement.

Et pourtant, j’écris. J’écris, comme je dessine, depuis toujours. Plus ou moins intensément, mais j’ai toujours aimé ça. Et puis lire, bien sûr. La seule différence, c’est qu’à présent, je le fais avec plus de consistance, de dédicace et de discipline. Ça veut donc dire que tous les jours, j’écris. Pas toujours comme je le voudrais, pas toujours de façon très inspirée, sans en avoir toujours envie, mais je me mets à mon bureau, je me prépare une tasse de café et j’écris.

Les pages du matin

J’ai commencé par l’approche des pages du matin de Julia Cameron. C’est une approche du « Je dois écrire trois pages, peu importe que ce soit pour dire que j’ai mal dormi ou mûrir mon grand projet dans l’existence, peu importe si c’est magnifique ou de la daube. Le truc, c’est juste d’écrire trois pages. Point ». Dans l’absolu, il faudrait le faire avant tout autre chose dans la journée. Cette méthode libère. J’ai découvert qu’en réalité, j’ai toujours quelque chose à raconter ou à dire. Il suffit que je laisse les mots venir sur la page. C’est comme ouvrir le robinet d’eau : on le tourne et on a l’assurance d’avoir de l’eau qui coule. Ce n’est pas si étonnant quand on y pense : on se plaint si souvent de penser sans cesse, d’être si peu capable d’interrompre le flux incessant de ses pensées. Les laisser se déverser sur la page permet de les mettre à distance, de faire un peu d’ordre, ce qui constitue une forme d’hygiène dont j’aurais à présent du mal à me passer.

Et se décider à écrire un roman

Et puis, à un moment, on a souvent envie d’écrire une histoire. Nous sommes câblés ainsi, pour les histoires. Et j’ai ainsi commencé d’imaginer la mienne, mon roman, petit à petit. J’en parlerai ici, mais pour aujourd’hui, je voulais juste vous partager et vous expliquer ce virage. J’y ai résisté longtemps. Je préférais le faire discrètement, sans publicité. J’avais même imaginé qu’un jour je dirais, au hasard d’une conversation « Tiens, au fait, j’ai écrit un roman ». Il y a aussi ce conseil que tous les sites sur le sujet vous donnent : un site doit être cohérent, cohésif. Le focus est roi, il ne faut pas se disperser, au risque de rendre le lecteur perplexe et de le perdre. Je pensais donc laisser ce site ainsi, l’alimenter les fois où je reviens à l’illustration, le laisser donc mourir un peu. Et puis, tout cela a mûri en moi, en partie parce que j’aime cet espace. J’aime l’idée de cet endroit pour m’exprimer et raconter mon monde. J’ai fini par envisager qu’il puisse être, comme moi, vivant donc évoluant et changeant. Et puis, j’ai aussi pris conscience que j’avais envie de partager ce que je fais. On a si peu l’occasion de le faire « dans la vraie vie », j’aimerais le faire ici, je vais investir ce lieu qui est le mien sur la grande toile.

Voilà donc pour ce virage. Ayant envie de davantage partager mes textes, je renonce provisoirement à la traduction en anglais. Mais mes nouveaux lecteurs découvriront dans quelques billets du texte en anglais. Ils concernent tous mes illustrations qui étaient à l’origine destinées à un portfolio qui se voulait le plus international possible pour toucher un plus grand public. Je ne sais pas encore tout à fait comme je vais faire tenir tout ça ensemble, mais je suis décidée à tenter ma chance et d’explorer. Ce sera peut-être un peu chaotique à certains moments, comme l’est la vie finalement. Je le ferai le plus honnêtement possible, maladroitement donc parfois, mais ça fait aussi partie du processus.

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